Aller au contenu
SECRET PARISIEN

Paris, le jeudi 17 septembre 2026

17e Arrt
rueCardinet
Jardins 17e arrondissement

Le square des Batignolles

144 bis rue Cardinet, 75017 Paris

Le bassin du square des Batignolles en automne, ses canards et la sculpture des Vautours au bord de l'eau
Formulavee, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

C’est le square haussmannien dans son état le plus pur. Le square des Batignolles tient en un hectare et demi tout ce qu’Alphand savait faire : une cascade de rochers, un ruisseau qui traverse l’allée par un gué, un bassin aux formes molles où se posent les hérons, des rocailles de ciment imitant le bois, et des arbres plantés avant lui. Zola le détestait, le quartier l’adore.

Où se trouve le square des Batignolles ? Repères sur le plan de Paris

Dans le 17e arrondissement, derrière l’église Sainte-Marie des Batignolles, entre la rue Cardinet et la tranchée ferroviaire de Saint-Lazare. L’entrée principale est au 144 bis, rue Cardinet, une autre s’ouvre place Charles-Fillion. Métro 14 et Transilien L à Pont-Cardinet, métro 13 à Brochant, bus 28, 31, 66, 94 et 163. La ligne 14 passe sous le jardin.

Ne pas le confondre avec le parc Clichy-Batignolles – Martin-Luther-King, tout proche mais six fois plus grand et ouvert en 2007. Pour rester dans les jardins du Second Empire, le parc Monceau est à vingt minutes de marche vers le sud, et le square du Temple est sorti des mêmes ateliers, à cinq ans près.

Une histoire : le square des Batignolles, jardin de commune annexée

En 1835, la commune des Batignolles-Monceau plante derrière son église une grande place de deux cent quatre-vingt-quatre marronniers en quatre rangées, sur un terrain vague qui servait de dépôt de gravats. En 1858, le maire demande à Adolphe Alphand de transformer cette place de plus de dix-huit mille mètres carrés en jardin avec fontaine. Alphand livre deux projets en janvier 1859 ; aucun ne sera exécuté, car la commune est rattachée à Paris en 1860.

La Ville reprend l’affaire en 1862, sur les plans de l’ingénieur Jean Darcel, qui s’inspire d’une des esquisses d’Alphand. Gabriel Davioud dessine le bâti et le mobilier, Jean-Pierre Barillet-Deschamps compose les plantations. Le Moniteur universel du 3 janvier 1863 annonce que le square « vient d’être livré au public », et précise dans la même phrase qu’on achève les études d’un autre jardin, aux buttes Saint-Chaumont. Les deux chantiers sont jumeaux.

Le square s’équipe ensuite par touches : un chalet de vente en 1879, un pont rustique et un rocher reconstruit en 1883, un kiosque à musique en 1894 sur une allée annexée le long des voies, d’où l’on regardait passer les trains. En 1908, Jean-Camille Formigé dessine un chalet de jardinier en ciment armé imitant le bois et la roche, exécuté par le rocailleur Ernest Chaumeton. Le carrousel, lui, s’installe pour de bon en 1967, à l’emplacement du kiosque.

Ce qu’il faut voir au square des Batignolles

  • La cascade rocailleuse, le ruisseau qui traverse l’allée par un passage à gué, et le bassin où cohabitent canards colverts, foulques, carpes et hérons cendrés sauvages.
  • Les deux platanes classés remarquables, un platane commun planté en 1840 et un platane d’Orient de 1872, hauts de vingt-huit mètres.
  • Le noyer du Caucase de 1899, trente mètres de haut, et le plaqueminier lotier, classé pour sa rareté botanique à Paris.
  • Les Vautours de Louis de Monard, taillés en pierre noire de Volvic et déposés ici en 1930, au bord de la pièce d’eau.
  • Les socles vides des trois bronzes fondus sous l’Occupation, une nymphe de Larroux, un belluaire de Ferrary et une Circé de Gustave Michel.
  • La petite serre construite en 1996 côté place Charles-Fillion, et les deux cent quinze arbres de l’inventaire municipal, érables, sophoras, marronniers et arbres de Judée en tête.

Modalités et infos pratiques

Entrée gratuite. Le square ouvre à 8 heures en semaine, à 9 heures le week-end, et ferme à 20 h 30 en septembre, à 19 h 30 en octobre. Aire de jeux, boulodrome, manèges, tables de ping-pong, table d’échecs et de dames, boîte à livres, points d’eau potable ; pas de toilettes. Les chiens ne sont admis que dans l’espace canin, accessible par la place Charles-Fillion. Label Ecojardin.

Une règle surprend : la pelouse est interdite, sans exception de saison. La Ville invoque le caractère patrimonial du jardin, la fragilité du gazon et la préservation de la biodiversité. C’est aussi ce qui explique que les oiseaux d’eau restent là toute l’année, et qu’on les observe de si près depuis les allées.

Le saviez-vous ? Zola trouvait ce jardin ridicule

En juin 1867, dans Le Figaro, Émile Zola range les squares des Batignolles et du Temple parmi les jardins qui ont « tous les aspects pittoresques des parcs que les épiciers retirés font planter autour de leurs villas », et conclut par une phrase restée célèbre : « On dirait un coin de la nature qui s’est mal conduit et qu’on a mis en prison. » Le même Zola a pris ce square pour décor dans plusieurs de ses romans.

Sous les allées, il y a autre chose que des racines. Deux tranchées-abris ont été creusées dans les années 1930, au titre de la loi de défense passive de 1935 : Paris en comptait alors près de quinze kilomètres dans ses seuls parcs et jardins. Une tradition veut par ailleurs que des communards aient été fusillés ici en mai 1871 et enterrés sous le kiosque : aucune source ne l’atteste, et le kiosque n’a été bâti qu’en 1894.

Peut-on s’asseoir sur les pelouses du square des Batignolles ?

Non. La Ville interdit l’accès aux pelouses pour trois raisons qu’elle affiche : le caractère patrimonial du jardin, la fragilité du gazon et la préservation de la biodiversité, en particulier des oiseaux d’eau.

Quel est le plus vieil arbre du square des Batignolles ?

Un platane commun planté en 1840 selon la fiche officielle de la Ville, soit vingt-deux ans avant le square lui-même : il vient de la place plantée de marronniers qui occupait les lieux en 1835.

Quand le square des Batignolles a-t-il été créé ?

Il a été aménagé en 1862 et 1863 sur les plans de l’ingénieur Jean Darcel, dans l’équipe d’Alphand, deux ans après le rattachement des Batignolles à Paris. La presse le donne pour ouvert au public début janvier 1863.

Mon carnet de voyage