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SECRET PARISIEN

Paris, le jeudi 10 septembre 2026

14e Arrt
boulevardArago
Mobilier urbain

La vespasienne du boulevard Arago, dernière de sa dynastie

Le boulevard Arago vers 1890, une vespasienne de fonte sur le trottoir de gauche
Hippolyte Blancard, vers 1890, CC0 Paris Musées, via Wikimedia Commons

Il reste, dans Paris, un seul monument de ce genre-là, et il ne figure sur aucun dépliant : la vespasienne du boulevard Arago, au numéro 86, contre le mur de la prison de la Santé. Dernière survivante des quelque 1 200 édicules que la capitale alignait en 1930, cette rotonde de fonte verte à frise ajourée fonctionne toujours, photographiée par les curieux du monde entier comme on photographie un dinosaure aimable.

Une histoire : du préfet Rambuteau à l’empereur Vespasien

Tout commence en 1834 : le préfet de la Seine Claude-Philibert de Rambuteau, las des commodités de fortune, fait planter sur les trottoirs des colonnes d’aisance. Les mauvaises langues les baptisent aussitôt colonnes Rambuteau ; le préfet, habile, pousse alors le nom de vespasiennes, en mémoire de l’empereur Vespasien qui taxa jadis la collecte d’urine. L’astuce prend, le mot reste, et l’objet prolifère : becs de gaz en couronne, parois d’ardoise, publicité sur le fût.

Photographiées par Hippolyte Blancard dès les années 1890, honnies des uns, chéries des autres, les vespasiennes deviennent un théâtre discret de la vie parisienne, jusqu’aux rencontres que la morale réprouvait. Le conseil municipal vote leur disparition le 21 décembre 1959 ; les sanisettes achèvent le travail dans les années 1980. Toutes tombent, sauf une : celle du boulevard Arago, épargnée dit-on par la proximité de la Santé et l’habitude de ses gardiens. Un cartel d’information, posé en août 2024, salue désormais officiellement la doyenne.

Ce qu’il faut regarder

  • La frise ajourée du couronnement, dentelle de fonte au-dessus des parois pleines.
  • Le vert wagon municipal, le même que les colonnes Morris et les kiosques.
  • Sur la photographie de Blancard, sa jumelle des années 1890 : le boulevard n’a pas tant changé.
  • Le cartel patrimonial de 2024 : la République honore ses commodités historiques.

Où voir la vespasienne du boulevard Arago

Au 86 boulevard Arago, entre Denfert-Rochereau et les Gobelins, face aux marronniers : métro Saint-Jacques ou Glacière. Le pèlerinage se prolonge naturellement vers la rue Daguerre d’Agnès Varda, la Butte-aux-Cailles et ses ruelles, ou les Catacombes toutes proches : le 14e des curiosités se visite à pied.

Le saviez-vous ?

L’argot parisien appela longtemps ces édicules des tasses, et leur suppression inspira autant de soulagement que de nostalgie : Brassaï les photographia de nuit, halo de gaz compris. Quant au mot vespasienne, il a si bien pris que l’empereur romain doit à un préfet de la Seine l’essentiel de sa gloire posthume française.

Où se trouve la dernière vespasienne de Paris ?

Au 86 boulevard Arago, dans le 14e arrondissement, adossée au mur de la prison de la Santé : c’est l’unique survivante en état de marche des quelque 1 200 que Paris comptait vers 1930.

Pourquoi ce nom de vespasienne ?

Pour éviter que ces colonnes d’aisance, créées en 1834 par le préfet Rambuteau, ne portent son nom : on convoqua l’empereur Vespasien, célèbre pour avoir taxé la collecte d’urine dans la Rome antique.

Peut-on encore l’utiliser ?

Oui, elle demeure en service et entretenue, cartel patrimonial à l’appui depuis 2024. Les amateurs d’histoire urbaine la photographient plus qu’ils ne l’utilisent, mais elle remplit toujours son office.

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