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SECRET PARISIEN

Paris, le samedi 19 septembre 2026

14e Arrt
boulevardRaspail
Passages couverts 14e arrondissement

Le passage d’Enfer

247 boulevard Raspail, 75014 Paris

Le passage d'Enfer et ses façades uniformes de cité ouvrière, avec sa plaque de rue
Celette, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le nom fait frissonner, la rue fait sourire. Le passage d’Enfer aligne sur cent soixante mètres des façades jumelles, sages comme des images, sur un pavage d’origine. L’enfer n’y est qu’un héritage de voisinage : l’actuel boulevard Raspail s’appelait boulevard d’Enfer, et le passage a pris le nom comme on prend un courant d’air.

Une des premières cités ouvrières de Paris

Ouvert en 1857 par l’architecte Félix Pigeory, dans le sillage des décrets de 1852 encourageant le logement populaire, le passage est l’une des premières cités ouvrières du Second Empire : des maisons à façades uniformes, dessinées d’un seul geste, pour loger dignement le travail. Le pari du nom n’a pas aidé la réclame, mais l’ensemble a traversé le temps sans se dénaturer.

Le vingtième siècle lui a offert un voisin illustre. En 1911 s’achève, à l’angle du 31 bis rue Campagne-Première, l’immeuble d’ateliers d’artistes d’André Arfvidson, paré de grès flammé d’Alexandre Bigot, deuxième prix du concours de façades de la Ville en 1912 ; son aile d’ateliers donne sur le passage d’Enfer. Man Ray s’installe en 1922 dans le plus petit atelier de l’immeuble, la salle de bains promue chambre noire. Les épreuves du surréalisme ont donc séché dos au passage d’Enfer, ce qui est, pour des photographies, une adresse de séchage parfaite.

Ce qu’il faut voir dans le passage d’Enfer

  • L’alignement des façades de 1857, exercice rare d’urbanisme social conservé intact.
  • Le pavage d’origine, qui a échappé aux enrobés.
  • Côté rue Campagne-Première, les grands vitrages d’ateliers et le grès flammé de Bigot sur l’immeuble d’Arfvidson.
  • La plaque bleue du nom, la plus photographiée du 14e arrondissement, et pour cause.

Y aller

Entrées au 247 boulevard Raspail et au 21 rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement ; métro Raspail. La voie est privée et fermée par des grilles, souvent ouvertes en journée : l’accès reste à vérifier sur place, et la vue depuis les extrémités vaut déjà le détour. Montparnasse des artistes tout autour, et la barrière d’Enfer à deux pas : les catacombes de Paris s’ouvrent place Denfert-Rochereau. Pour un autre passage à légende, le passage du Désir répond depuis le 10e.

Le saviez-vous ?

L’immeuble d’Arfvidson est souvent donné lauréat du concours de façades de 1911 ; l’étude savante publiée sur le dossier tranche pour un deuxième prix, décerné en 1912. La nuance amuse, s’agissant d’une façade devenue l’une des plus célébrées de Paris. Quant aux artistes, la parcelle traversante fonctionnait comme un sablier : ateliers côté Campagne-Première pour la lumière, aile sur le passage d’Enfer pour le silence. Les deux rues n’ont jamais su lesquelles des œuvres leur appartenaient.

Pourquoi le passage d’Enfer porte-t-il ce nom ?

Par voisinage : l’actuel boulevard Raspail s’appelait boulevard d’Enfer. Le passage, ouvert en 1857, en a simplement hérité, sans aucune histoire diabolique.

Quel lien entre Man Ray et le passage d’Enfer ?

Man Ray s’installe en 1922 dans le plus petit atelier de l’immeuble d’Arfvidson, dont l’aile d’ateliers donne sur le passage. Sa salle de bains servait de chambre noire.

Peut-on entrer dans le passage d’Enfer ?

C’est une voie privée à grilles, régulièrement ouvertes en journée mais sans garantie. Les façades de la cité ouvrière de 1857 se voient bien depuis les deux extrémités.

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