Aller au contenu
SECRET PARISIEN

Paris, le jeudi 10 septembre 2026

2e Arrt
boulevardMontmartre
Mobilier urbain

Les colonnes Morris, le théâtre à l’angle de la rue

Une colonne Morris couverte d'affiches de spectacles, photographiée par Eugène Atget en 1910
Eugène Atget, 1910, domaine public, via Wikimedia Commons

Un cylindre vert sombre, un dôme en écailles, une couronne de frises et cent promesses de soirée : les colonnes Morris annoncent les spectacles parisiens depuis plus d’un siècle et demi. Eugène Atget les photographiait déjà en 1910, saturées d’affiches des Folies-Bergère ; elles tiennent toujours l’angle des boulevards, mémoire ronde de tous les rideaux levés.

Une histoire : un concours de 1868 et une idée de Berlin

L’idée vient de Berlin, où l’imprimeur Ernst Litfass dresse dès 1854 des colonnes pour discipliner l’affichage sauvage. À Paris, l’affiche colonise alors tout, jusqu’aux colonnes d’aisance, fâcheux mélange des genres : en août 1868, la préfecture lance un concours pour un mobilier dédié, que remportent les imprimeurs Richard Morris père et fils, spécialistes des programmes de spectacles. Leur nom passe à la postérité avec la fonte.

Le cahier des charges ne varie guère depuis : réserver la colonne aux spectacles, théâtres, concerts, cirques puis cinéma, et loger dans son fût les outils du colleur d’affiches. Quelque 550 colonnes ponctuent aujourd’hui la capitale, entretenues par concession ; certaines cachent des fonctions inattendues, trappes techniques ou bornes, sous la même robe verte.

Ce qu’il faut regarder

  • Le dôme d’écailles et son lanterneau, hérité du dessin d’origine.
  • La frise de spectacles en couronne, qui dit la vocation exclusive de l’objet.
  • Les affiches lithographiées des théâtres, collées à cheval sur la courbe, art du raccord.
  • Chez Atget et Béraud, leurs ancêtres saturés d’annonces : la rue comme papier peint.

Où croiser les colonnes Morris aujourd’hui

Leur royaume reste celui des salles : Grands Boulevards, quartier de l’Opéra, carrefours de Montparnasse et du Quartier latin. Guettez-les devant le Grand Rex, aux abords du palais Garnier et sur l’avenue des Champs-Élysées : les affiches savent toujours où l’on joue ce soir.

Le saviez-vous ?

Le grand ancêtre berlinois valut à Litfass le surnom de roi des colonnes ; à Paris, la famille Morris conserva l’exclusivité de l’affichage jusqu’au XXe siècle avancé. Et les cinéphiles la connaissent sans le savoir : une colonne Morris ouvre Zazie dans le métro et hante tous les Paris reconstitués en studio, d’Hollywood à Boulogne.

D’où vient le nom des colonnes Morris ?

De l’imprimeur Gabriel Morris et de son père Richard, spécialistes des programmes de spectacles, lauréats en août 1868 du concours lancé par la préfecture pour doter Paris de colonnes d’affichage dédiées.

À quoi servaient-elles exactement ?

À réserver un support propre aux affiches de spectacles, alors collées partout, et à loger dans le fût le matériel des colleurs. La vocation spectacle demeure leur marque de fabrique.

Combien de colonnes Morris reste-t-il à Paris ?

Environ 550 colonnes ponctuent la capitale, entretenues par concession et régulièrement restaurées ou remplacées à l’identique. Les plus photogéniques tiennent les Grands Boulevards, patrie historique des théâtres.

Mon carnet de voyage
affiche colonne Morris Grands Boulevards mobilier urbain spectacles