Un cylindre vert sombre, un dôme en écailles, une couronne de frises et cent promesses de soirée : les colonnes Morris annoncent les spectacles parisiens depuis plus d’un siècle et demi. Eugène Atget les photographiait déjà en 1910, saturées d’affiches des Folies-Bergère ; elles tiennent toujours l’angle des boulevards, mémoire ronde de tous les rideaux levés.
Une histoire : un concours de 1868 et une idée de Berlin
L’idée vient de Berlin, où l’imprimeur Ernst Litfass dresse dès 1854 des colonnes pour discipliner l’affichage sauvage. À Paris, l’affiche colonise alors tout, jusqu’aux colonnes d’aisance, fâcheux mélange des genres : en août 1868, la préfecture lance un concours pour un mobilier dédié, que remportent les imprimeurs Richard Morris père et fils, spécialistes des programmes de spectacles. Leur nom passe à la postérité avec la fonte.
Le cahier des charges ne varie guère depuis : réserver la colonne aux spectacles, théâtres, concerts, cirques puis cinéma, et loger dans son fût les outils du colleur d’affiches. Quelque 550 colonnes ponctuent aujourd’hui la capitale, entretenues par concession ; certaines cachent des fonctions inattendues, trappes techniques ou bornes, sous la même robe verte.
Ce qu’il faut regarder
- Le dôme d’écailles et son lanterneau, hérité du dessin d’origine.
- La frise de spectacles en couronne, qui dit la vocation exclusive de l’objet.
- Les affiches lithographiées des théâtres, collées à cheval sur la courbe, art du raccord.
- Chez Atget et Béraud, leurs ancêtres saturés d’annonces : la rue comme papier peint.
Où croiser les colonnes Morris aujourd’hui
Leur royaume reste celui des salles : Grands Boulevards, quartier de l’Opéra, carrefours de Montparnasse et du Quartier latin. Guettez-les devant le Grand Rex, aux abords du palais Garnier et sur l’avenue des Champs-Élysées : les affiches savent toujours où l’on joue ce soir.
Le saviez-vous ?
Le grand ancêtre berlinois valut à Litfass le surnom de roi des colonnes ; à Paris, la famille Morris conserva l’exclusivité de l’affichage jusqu’au XXe siècle avancé. Et les cinéphiles la connaissent sans le savoir : une colonne Morris ouvre Zazie dans le métro et hante tous les Paris reconstitués en studio, d’Hollywood à Boulogne.
De l’imprimeur Gabriel Morris et de son père Richard, spécialistes des programmes de spectacles, lauréats en août 1868 du concours lancé par la préfecture pour doter Paris de colonnes d’affichage dédiées.
À réserver un support propre aux affiches de spectacles, alors collées partout, et à loger dans le fût le matériel des colleurs. La vocation spectacle demeure leur marque de fabrique.
Environ 550 colonnes ponctuent la capitale, entretenues par concession et régulièrement restaurées ou remplacées à l’identique. Les plus photogéniques tiennent les Grands Boulevards, patrie historique des théâtres.
Dans la même rubrique
Mobilier urbain
Les bancs Davioud, huit mille invitations à s’asseoir
8 septembre 2026
Les fontaines Wallace, quatre vertus et de l’eau pour tous
7 septembre 2026
La vespasienne du boulevard Arago, dernière de sa dynastie
7 septembre 2026
Les kiosques à musique, la fanfare au milieu du square
7 septembre 2026
Les entrées de métro Guimard, l’Art nouveau à fleur de trottoir
4 septembre 2026
Les réverbères de Paris, du bec de gaz aux chérubins d’or
2 septembre 2026
Jardins Parisiens : Les Chaises Vertes Fermob
12 novembre 2024
Eaux et Lumières : Les Fontaines Éternelles de la Concorde
11 novembre 2024