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SECRET PARISIEN

Paris, le samedi 19 septembre 2026

5e Arrt
rueTournefort
Littérature

Le Père Goriot, d’Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, daguerréotype de Louis-Auguste Bisson, 1842
Louis-Auguste Bisson, domaine public, via Wikimedia Commons

Tout commence dans une odeur de pension, cette odeur sans nom que Balzac met trois pages à décrire et qu’on n’oublie plus. Le Père Goriot, publié en 1835, enferme dans la pension Vauquer, rue Neuve-Sainte-Geneviève, sur la montagne Sainte-Geneviève, un échantillon complet de Paris : un vieux vermicellier ruiné par l’amour de ses filles, un forçat déguisé nommé Vautrin, et un étudiant charentais monté à la capitale, Eugène de Rastignac. Entre le taudis de la rive gauche et les hôtels du faubourg Saint-Germain, le jeune homme apprend le prix de tout : le roman d’apprentissage parisien est né là, et il n’a jamais été dépassé.

Une histoire : quarante jours et un système solaire

Balzac écrit Le Père Goriot à sa manière : en quarante jours et autant de nuits, gilet de moine, cafetière et dettes aux trousses. Le livre inaugure surtout sa grande invention, le retour des personnages : Rastignac, croisé ailleurs, prend ici son envol, et la Comédie humaine devient un système solaire où deux mille figures gravitent de roman en roman. La pension Vauquer est fictive, mais la rue est vraie : la rue Neuve-Sainte-Geneviève s’appelle aujourd’hui rue Tournefort, dans le 5e arrondissement, et ses façades à jardinets donnent toujours une idée exacte du décor, moisissure littéraire en moins.

La géographie du roman est un cours de sociologie : en bas, la pension à soixante francs par mois ; en haut, les salons de la vicomtesse de Beauséant et l’hôtel des Restaud ; entre les deux, des fiacres que Rastignac ne peut pas payer. Et à la dernière page, la scène la plus célèbre de Balzac : après l’enterrement de Goriot, seul sur la colline du Père-Lachaise au crépuscule, Rastignac regarde Paris couché le long de la Seine, des colonnes de Vendôme au dôme des Invalides, et lance son défi resté proverbial, à nous deux maintenant. Puis il descend dîner chez Mme de Nucingen : la guerre est déclarée par un dîner en ville.

Le Père Goriot, de la pension aux salons

  • La rue Tournefort, ex-Neuve-Sainte-Geneviève, versant nord de la montagne Sainte-Geneviève : le vrai décor de la pension Vauquer.
  • Le faubourg Saint-Germain de Mme de Beauséant, où Rastignac apprend les usages à coups d’humiliations.
  • La Chaussée-d’Antin des Nucingen, l’argent neuf face au sang bleu.
  • La colline du Père-Lachaise, d’où le défi final embrasse tout Paris.

Le pèlerinage balzacien a deux stations obligées : la colline du Père-Lachaise, pour rejouer le défi au couchant, Balzac lui-même y repose d’ailleurs depuis 1850, Hugo prononçant l’éloge ; et la maison de Balzac à Passy, où l’écrivain se cachait de ses créanciers sous un faux nom, cafetière et épreuves corrigées à l’appui. Entre les deux, la rue Tournefort se descend lentement, en comptant ses économies comme Rastignac.

Le saviez-vous ?

Balzac a posé une seule fois devant un objectif : le daguerréotype de 1842, réalisé par Louis-Auguste Bisson, le montre débraillé, chemise ouverte, main sur le cœur, en géant famélique. L’écrivain se méfiait du procédé, persuadé que chaque prise arrachait au corps une de ses couches spectrales : il l’explique très sérieusement dans sa théorie des spectres rapportée par Nadar. L’inventeur du réalisme croyait aux fantômes de la photographie : la Comédie humaine n’est pas à une contradiction près.

La pension Vauquer a-t-elle existé ?

Non : Balzac l’a inventée, mais il l’a située très précisément rue Neuve-Sainte-Geneviève, l’actuelle rue Tournefort dans le 5e arrondissement, sur la montagne Sainte-Geneviève. La rue, calme et pentue, donne toujours une idée fidèle du décor.

Que signifie le à nous deux de Rastignac ?

C’est le défi que le jeune homme lance à Paris depuis la colline du Père-Lachaise, après l’enterrement misérable de Goriot : la ville étalée sous ses yeux devient l’adversaire et la proie. La scène clôt le roman et ouvre la carrière de Rastignac dans la Comédie humaine.

Où marcher sur les traces du roman ?

Rue Tournefort pour la pension, au Père-Lachaise pour le défi final et la tombe de Balzac, et à la maison de Balzac, rue Raynouard à Passy, pour l’atelier de l’écrivain, sa cafetière et sa table de travail.

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