En 1983, la maison de la rue Cambon vend surtout du parfum et de la nostalgie. Douze ans après la mort de sa fondatrice, elle passe pour un musée. C’est le moment que choisit un Allemand de cinquante ans, déjà chez Fendi et chez Chloé, pour prendre la direction artistique : Karl Lagerfeld chez Chanel, ce sera trente-six ans, une vingtaine de collections par an à la fin, et la transformation d’une maison de couture en spectacle mondial.
Une histoire : Karl Lagerfeld chez Chanel, le pillage des codes
Né à Hambourg en 1933, il avait gagné à vingt et un ans le prix du Secrétariat international de la laine, ex æquo avec un certain Yves Saint Laurent. Sa méthode chez Chanel tient en un mot : recycler. Le tweed, la chaînette, le camélia, les perles, le double C, le noir et le beige, tout l’inventaire de la fondatrice est repris, agrandi, détourné, parfois massacré avec délectation. Le tailleur devient short en jean, la chaîne devient ceinture, le camélia devient badge de plastique. Ce que les puristes prennent pour un sacrilège sauve la maison.
Le tailleur photographié ci-dessus est de sa toute première saison, l’automne-hiver 1983, tweed de laine et pongé de soie imprimé : il est aujourd’hui conservé au musée des Arts décoratifs. On y voit déjà le programme, respecter la grammaire et hausser le ton.
Le Grand Palais, sa vraie scène
À partir du milieu des années 2000, les défilés Chanel s’installent sous la verrière du Grand Palais, et les décors deviennent des événements en soi.
- Un iceberg entier, acheminé depuis la Suède, pour l’automne-hiver 2010.
- Un supermarché grandeur nature en 2014, rayons remplis de produits Chanel fabriqués pour l’occasion, que les invités ont dévalisé à la fin du défilé.
- Une fusée à l’entrelacs de double C, en mars 2017, qui a décollé pour de bon devant les spectateurs.
- Une plage complète en octobre 2018 pour le printemps-été 2019 : sable blanc, vagues, ciel bleu, et des mannequins pieds nus dans l’eau.
Il meurt le 19 février 2019 à Neuilly-sur-Seine. Le 5 mars suivant, au Grand Palais, un village de montagne enneigé sert de décor à sa dernière collection Chanel, applaudie sans lui. Virginie Viard, sa collaboratrice de trente ans, prend la suite.
Ses adresses parisiennes
Le Grand Palais pour les défilés, le musée des Arts décoratifs pour les pièces d’archives, et surtout la librairie 7L, rue de Lille, qu’il avait fondée en 1999 pour ses propres livres de photographie et d’architecture, et qui appartient aujourd’hui à la maison. Trois adresses pour comprendre un homme qui lisait plus qu’il ne dormait. La maison d’origine, elle, se visite au 31 rue Cambon.
Le saviez-vous ?
Il a supervisé jusqu’à une vingtaine de collections par an, pour Chanel, Fendi et sa propre marque, sans jamais utiliser d’ordinateur pour dessiner. Ses croquis partaient à l’atelier annotés au crayon de couleur, et le premier essayage était souvent le bon.
En 1983, douze ans après la mort de Gabrielle Chanel. Il en a dirigé la création jusqu’à sa mort, le 19 février 2019, soit trente-six ans.
Sous la nef du Grand Palais, à Paris, à partir du milieu des années 2000. Il y a fait installer un iceberg, un supermarché, une fusée et une plage grandeur nature.
Virginie Viard, sa collaboratrice pendant une trentaine d’années, a pris la direction du studio de création après sa mort en 2019.
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