On traverse d’abord un salon sous verrière, et le bar de l’hôtel Balzac se tient au-delà, dans une alcôve aux lumières basses et aux sons assourdis. L’atmosphère emprunte aux bars clandestins, mais l’accès n’a rien de clandestin : le salon est ouvert au public, et pas seulement aux clients de la maison.
Le bar de l’hôtel Balzac et une légende d’adresse
Commençons par ce qu’il ne faut pas répéter. On lit régulièrement que l’hôtel est bâti sur l’emplacement de la dernière demeure d’Honoré de Balzac. Les meilleures sources disent autre chose : l’écrivain meurt le 18 août 1850 au numéro 14 de la rue, dans un hôtel particulier acheté en septembre 1846, que sa veuve habite ensuite et qui est démoli quelques années après elle. La plaque commémorative est aujourd’hui sur le mur de l’hôtel Salomon de Rothschild, derrière la rue. L’hôtel Balzac, lui, est au numéro 6.
Le fait juste est plus élégant que la légende : la rue a été baptisée rue Balzac en 1850, l’année même de la mort de l’écrivain. Elle s’était appelée avant cela avenue Fortunée, puis rue de la Tour-du-Moulin, puis rue Fortunée. Quatre cent vingt mètres, onze mètres cinquante de large, dans le 8e arrondissement, quartier du Faubourg-du-Roule.
Une maison rouverte en 2024
L’hôtel a rouvert le 1er juin 2024 après une rénovation complète, confiée à l’agence Festen Architecture, c’est-à-dire à Charlotte de Tonnac et Hugo Sauzay. Le parti pris est un Art déco des années trente teinté d’influences japonaises discrètes : bois, passementeries, velours, pierre naturelle, dans une gamme de bruns, de fauves et de cognac.
- Cinquante-huit chambres et suites d’après la presse hôtelière.
- Une verrière au-dessus du salon, que la maison qualifie elle-même de majestueuse.
- Le bar ouvre à midi et ferme à minuit.
- La carte est signée du chef barman Julien Quettier, et les cocktails portent des noms empruntés à l’œuvre.
- La signature, La Comédie humaine, associe un shochu japonais au kiwi, au citron, au sirop de jasmin et au matcha, servie en théière puis versée sur une sphère de glace.
- Côté salé, la maison sert du caviar et un lobster roll au piment d’Espelette.
Ni un bar caché, ni le seul Balzac de la rue
Deux précisions de vocabulaire s’imposent. La première : ce n’est pas un bar caché. Les guides le rangent parmi eux pour son ambiance feutrée, pas pour un dispositif d’accès, et il n’y a ni porte dérobée ni mot de passe. La seconde : l’établissement ne s’appelle pas Le Balzac. La maison écrit « salon et bar », la presse « le bar du Balzac ».
Le Balzac, dans cette rue, c’est le cinéma du numéro 1, ouvert en 1935, l’un des derniers indépendants du quartier, avec sa grande salle de quatre cents places et ses deux petites. Deux cent cinquante mètres séparent le cinéma du bar, et beaucoup d’articles les confondent.
Le saviez-vous ? Deux adresses du même propriétaire
La maison appartient au groupe familial d’Olivier Bertrand, qui possède également le pub des rues Daunou et Volney où se cache un autre bar de sous-sol. Deux adresses très différentes, l’une de palace discret près de l’Étoile, l’autre de brasserie britannique près de l’Opéra, et un seul propriétaire : la géographie du bar parisien est plus concentrée qu’elle n’en a l’air.
Le quartier, lui, ne manque pas de comptoirs d’hôtel. L’Arc de Triomphe est à cinq minutes à pied, et le Royal Monceau à un quart d’heure : entre les deux, la rue Balzac fait une parenthèse calme dans un quartier qui ne l’est pas.
Non. L’écrivain est mort en 1850 au numéro 14 de la rue, dans un hôtel particulier détruit quelques années plus tard, et la plaque qui le rappelle se trouve sur le mur de l’hôtel Salomon de Rothschild. L’hôtel Balzac est au numéro 6.
Le bar est ouvert de midi à minuit, d’après la maison elle-même, et le salon est accessible au public, pas seulement aux clients de l’hôtel. Les horaires de 7 heures que l’on lit parfois sont ceux du petit-déjeuner du salon, pas du bar.
Surtout pas. Le Balzac est un cinéma indépendant ouvert en 1935 au numéro 1 de la même rue, à deux cent cinquante mètres de l’hôtel. Deux établissements différents, un seul nom de rue.
Le carnet continue
Bars
Le Café Laurent
6e arrondissement
Le bar de la Maison Souquet
9e arrondissement
Moonshiner
11e arrondissement
Le Bar de l’InterContinental Paris Le Grand
9e arrondissement
Le Ritz Bar
1er arrondissement
Divine House
2e arrondissement
PLEYGROUND
8e arrondissement