L’enceinte de Philippe Auguste, rue des Jardins-Saint-Paul
17 rue des Jardins-Saint-Paul, 75004 Paris
Il n’y a ni grille ni billet : l’enceinte de Philippe Auguste se longe librement, rue des Jardins-Saint-Paul, sur le trottoir d’un terrain de sport. La Ville lui donne près de quatre-vingts mètres d’un seul tenant, tour comprise. C’est le plus grand morceau du Paris de 1190 resté debout à l’air libre, et les ballons du lycée Charlemagne rebondissent dessus.
Le mur que le roi fit payer aux Parisiens
Avant de partir en croisade, Philippe Auguste veut sa capitale à l’abri. La rive droite, la plus riche, s’entoure la première : le chantier s’ouvre en 1190, aux frais des bourgeois, pour environ deux mille huit cents mètres de rempart. La rive gauche suivra, payée cette fois par le roi. Le mur fait six à huit mètres de haut, plusieurs mètres d’épaisseur à la base, et des tours rondes le ponctuent tous les soixante mètres. Ce chiffre n’a rien d’un hasard : la portée utile d’une arbalète est d’une trentaine de mètres, chaque tour couvre donc exactement jusqu’à la suivante. La géométrie du mur, c’est de la balistique.
Paris a grandi, l’enceinte est devenue inutile, puis invisible : on a bâti contre, dessus, avec. Celle des Jardins-Saint-Paul a survécu parce qu’elle servait de mur de fond aux propriétés du quartier. Elle est classée monument historique depuis la liste de 1889, l’une des toutes premières de France.
Ce qu’il faut regarder le long de l’enceinte de Philippe Auguste
- La tour ronde, à moitié conservée, qui donne l’échelle de ce que voyait un guetteur du treizième siècle.
- Les assises régulières de moellons, avec leurs reprises de toutes les époques : le mur a servi de cloison pendant sept siècles.
- La hauteur restante, qui atteint encore par endroits celle d’un immeuble de deux étages.
- La plaque et le panneau Histoire de Paris, qui résument la campagne de 1190.
- Les traces d’arrachement des maisons qu’on a démolies pour dégager le monument au vingtième siècle.
Le voir, et poursuivre la chasse
Rue des Jardins-Saint-Paul, dans le 4e arrondissement, entre le village Saint-Paul et la Seine ; métro Saint-Paul ou Pont-Marie. Le tronçon se voit à toute heure, gratuitement. La chasse aux morceaux continue ailleurs : un pan haut de neuf mètres se cache rue Clovis, sur l’autre rive, et une tour dort sous le passage Dauphine. Pour la même époque en intérieur, la tour Jean-sans-Peur complète la visite.
Le saviez-vous ?
La tour d’angle du tronçon est parfois appelée tour Montgomery, du nom du capitaine dont la lance blessa mortellement Henri II en 1559, et qu’on dit avoir été enfermé là. La légende est belle mais rien ne l’appuie : le nom ne s’accroche à la tour qu’au conditionnel, et quand Montgomery fut repris, en 1574, c’est à la Conciergerie qu’on l’écroua avant de le décapiter en place de Grève. Les mesures elles-mêmes gardent une part de flou : la Ville annonce près de quatre-vingts mètres de mur, d’autres inventaires en comptent soixante. Personne n’a envie de sortir le mètre.
Le plus long tronçon borde la rue des Jardins-Saint-Paul, dans le 4e arrondissement, visible librement depuis la rue. Un autre pan spectaculaire se dresse rue Clovis, dans le 5e.
Le chantier de la rive droite commence en 1190, avant le départ du roi en croisade, et la rive gauche suit au début du treizième siècle. C’est la plus ancienne enceinte de Paris dont il reste des morceaux visibles.
Parce qu’une arbalète porte utilement à une trentaine de mètres : chaque tour protège ainsi le mur jusqu’à la tour voisine. Le rythme du rempart suit la portée des armes.
Le carnet continue
Vestiges
Le regard de la Lanterne
19e arrondissement
Les colonnes de la barrière du Trône
12e arrondissement
La rotonde de la Villette
19e arrondissement
Les dalles de la guillotine, rue de la Croix-Faubin
11e arrondissement