Asnières, l’atelier que Louis Vuitton n’a jamais quitté
En 1859, cinq ans après l’ouverture de la boutique rue Neuve-des-Capucines, l’atelier parisien de Louis Vuitton part pour la banlieue. Il s’installe à Asnières, sur la rive de la Seine, avec une vingtaine d’ouvriers. Il n’en est jamais reparti. Cent soixante-sept ans plus tard, la maroquinerie et les commandes spéciales sortent toujours de là.
Asnières, un choix de logistique et non de paysage
Trois raisons sont données, et elles se tiennent toutes les trois. La première est le bois : les fûts de malles sont en peuplier, un bois de rivière, léger, et le peuplier arrive par péniche. La deuxième est le rail, puisque la ligne mène directement à Paris et à la gare Saint-Lazare, d’où partent aussi les trains du Havre et des paquebots. La troisième est la place, tout simplement.
Il y a une quatrième raison, moins noble et plus parlante : à Paris, les charrettes de livraison de l’atelier de la rue du Rocher vers les magasins des Capucines devaient faire un long détour pour contourner les chantiers du baron Haussmann. La capitale se rebâtissait, les malles n’arrivaient plus. On est parti aussi pour cela.
Le siège de 1870 a brûlé le bois des malles
L’épisode mérite d’être raconté parce qu’il dit ce qu’était une manufacture de province au moment où Paris est encerclé. Pendant le siège, l’atelier sert de cantonnement. Il est vidé de son outillage. Et les trente stères de peuplier qui séchaient dans la cour partent en fumée dans les popotes, les braseros et les cheminées des soldats. Il faudra jusqu’en 1873 pour remettre les bâtiments en état.
- 1859, transfert de l’atelier, une vingtaine d’employés.
- 1860 à 1866, construction des bâtiments d’atelier.
- 1870, l’atelier réquisitionné, le bois de peuplier brûlé.
- 1878, Louis Vuitton s’installe dans l’une des deux maisons bâties dans le jardin.
- Nuit du 27 au 28 février 1892, sa mort, à soixante-dix ans.
- 22 mars 1915, une bombe incendiaire tombe sur l’usine.
- Juillet 2015, ouverture d’un espace muséal d’environ sept cents mètres carrés entre la villa et l’atelier.
Une erreur de vingt ans sur la maison de famille
La villa est régulièrement présentée comme « la maison de 1878 et son décor Art nouveau ». Les deux dates ne peuvent pas coïncider : l’Art nouveau ne se répand qu’à partir des années 1890. La maison a bien été bâtie en 1878, mais elle a été agrandie et redécorée après 1892, à l’initiative de Georges Vuitton, et les verrières du salon, sur un motif d’iris, sont l’œuvre d’un peintre verrier établi dans la commune, vers 1900.
La maison elle-même le dit dans son propre récit. Ce sont ses relais qui écrasent la chronologie, parce qu’une maison de 1878 déjà Art nouveau ferait une plus jolie phrase. Elle serait fausse de vingt ans.
Le saviez-vous ? Six cents personnes et un début d’incendie
Les obsèques de Louis Vuitton, début mars 1892, ont réuni plus de six cents personnes selon le journal local. Le même numéro signale qu’un début d’incendie a été maîtrisé le même jour, non loin, chez Charles Lecocq, le compositeur de La Fille de Madame Angot. Voilà exactement le voisinage du malletier : une bourgade de la Seine où l’on croisait des musiciens à succès et des industriels du bagage.
Un dernier point, vérifié dans la base d’adresses nationale : il existe une rue Louis Vuitton en France, et elle n’est pas à Paris. Elle est à Asnières-sur-Seine, l’atelier y porte le numéro 18, et elle s’appelait rue du Congrès. Les deux plaques cohabitent encore au même angle, ce qui montre que seule une portion a été rebaptisée. Quant au nombre d’artisans qui y travaillent aujourd’hui, la maison avance environ cent soixante-dix : c’est un chiffre de communication, que personne d’extérieur n’a jamais pu compter.
Pour trois raisons de logistique : le peuplier des fûts de malles arrive par péniche sur la Seine, la ligne de chemin de fer mène directement à Paris, et il y a de la place. L’atelier de la rue du Rocher étouffait, et ses charrettes perdaient un temps fou à contourner les chantiers d’Haussmann.
Elle a été bâtie en 1878, bien avant l’Art nouveau, et redécorée vers 1900 à l’initiative de Georges Vuitton. Les verrières du salon, sur un motif d’iris, sont l’œuvre d’un peintre verrier établi dans la commune. Le décor est donc postérieur d’une vingtaine d’années à la maison.
Oui, à Asnières-sur-Seine et non à Paris. L’atelier porte le numéro 18. Elle s’appelait rue du Congrès, et les deux plaques cohabitent encore au même carrefour, ce qui indique que seule une portion a changé de nom.
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