Le square Laurent-Prache et sa chapelle en morceaux
1 place Juliette-Gréco, 75006 Paris
Le long du flanc nord de Saint-Germain-des-Prés, un jardin grand comme un mouchoir cache un lapidaire à ciel ouvert. Dans le square Laurent-Prache, des arcatures trilobées, des piles, des chapiteaux sont remontés contre le mur : les os d’une chapelle disparue, et pas n’importe laquelle. Celle que Pierre de Montreuil, le maître d’œuvre du gothique rayonnant, bâtit pour l’abbaye à partir de 1245.
Le chef-d’œuvre démoli pour du salpêtre
La chapelle de la Vierge passait pour une merveille, sœur de la Sainte-Chapelle. Son architecte y fut enterré en 1267, honneur rare, dans le bâtiment même qu’il avait dessiné. La Révolution transforma l’abbaye en raffinerie de salpêtre, l’explosion de 1794 acheva les bâtiments conventuels, et la chapelle, rendue un temps au culte en 1795, fut démolie en 1802. Ses pierres se dispersèrent : le grand portail est aujourd’hui au musée de Cluny, et une poignée d’arcatures revint au bercail, remontée dans ce square créé au début du vingtième siècle et nommé d’après un conseiller municipal du quartier.
Ce qu’il faut voir dans le square Laurent-Prache
- Les arcatures trilobées de la chapelle de la Vierge, avec leurs colonnettes, adossées au mur de clôture.
- Des fragments du cloître de l’abbaye, que la page municipale signale parmi les pierres exposées.
- Le chevet de l’église Saint-Germain-des-Prés, qu’on voit ici au calme, sans la foule du boulevard.
- La tête de femme en bronze offerte par Picasso en 1959 en hommage à Apollinaire, dont le modèle est Dora Maar.
Y aller
L’entrée se fait place Juliette-Gréco, contre l’église, dans le 6e arrondissement ; métro Saint-Germain-des-Prés. Le square ouvre aux horaires des parcs parisiens, l’entrée est libre. À dix minutes à pied, la cour de Rohan et le passage Dauphine prolongent la flânerie dans le vieux quartier.
Le saviez-vous ?
Le bronze du square est l’un des malentendus les plus tenaces de Saint-Germain : on le prend pour un portrait d’Apollinaire, puisqu’il honore le poète. C’est en réalité un visage de Dora Maar, photographe et compagne de Picasso, choisi par le peintre pour veiller sur la mémoire de son ami. Apollinaire, mort en 1918, monte ainsi la garde sous les traits d’une femme qui ne l’a jamais connu. Le square, décidément, est une collection de présences déplacées : une chapelle en morceaux, un poète au visage d’emprunt, et l’ombre portée du clocher le plus ancien de Paris.
Les vestiges remontés de la chapelle de la Vierge de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, élevée par Pierre de Montreuil à partir de 1245 et démolie en 1802, ainsi que des fragments du cloître.
L’un des grands maîtres d’œuvre du gothique rayonnant au treizième siècle. Il fut inhumé en 1267 dans la chapelle de la Vierge qu’il avait bâtie pour l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Non. Offert par Picasso en 1959 en hommage à Apollinaire, il représente Dora Maar. C’est un hommage au poète sous les traits d’une autre.
Le carnet continue
Vestiges
Les dalles de la guillotine, rue de la Croix-Faubin
11e arrondissement
La colonne Médicis
1er arrondissement
Le regard de la Lanterne
19e arrondissement
L’enceinte de Philippe Auguste, rue des Jardins-Saint-Paul
4e arrondissement