Elle ouvre ses portes aux savants en 1643 et ne les a pour ainsi dire jamais refermées. La bibliothèque Mazarine est la plus ancienne bibliothèque publique de France, installée quai de Conti sous la coupole de l’Institut, et elle se visite aujourd’hui comme on entrait autrefois : en poussant la porte et en s’asseyant.
Une histoire : comment la bibliothèque Mazarine est née
Le cardinal Mazarin possédait déjà à Rome une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes quand il charge, dès 1643, un homme dont le métier n’existait pas encore de lui en constituer une seconde à Paris : Gabriel Naudé, médecin, érudit, théoricien de la bibliothèque moderne. L’achat, en août 1643, de la bibliothèque du chanoine Descordes tient lieu d’acte de naissance. Naudé court ensuite l’Europe, la Flandre en 1644, l’Italie l’année suivante, et rapporte des caisses.
La Fronde disperse cette première collection. Mazarin, revenu au pouvoir, en fait reconstituer une seconde, presque aussi riche. Puis, par testament en 1661, il la lègue au collège des Quatre-Nations qu’il fonde pour soixante jeunes gens venus d’Alsace, de Flandre, du Roussillon et du Pignerol. Le bâtiment que Le Vau élève quai de Conti abrite donc, dès l’origine, un collège et sa bibliothèque. Le collège a disparu, l’Institut de France a pris la place, la bibliothèque est restée.
Ce que la bibliothèque Mazarine conserve
- Plus de quatre mille six cents manuscrits, dont environ mille cinq cents médiévaux, beaucoup enluminés, entrés pour l’essentiel par les saisies révolutionnaires.
- Deux mille trois cent soixante-dix incunables, c’est-à-dire des livres imprimés avant 1501.
- Un exemplaire de la Bible de Gutenberg, si célèbre ici qu’on l’appelle la Bible Mazarine.
- La plus importante collection au monde de mazarinades, ces libelles souvent injurieux publiés contre le cardinal pendant la Fronde. Sa propre bibliothèque garde les insultes qu’on lui a faites : c’est tout le charme de la maison.
- Le décor du XVIIe siècle, boiseries, galeries et globes, que la salle de lecture a conservé.
La bibliothèque Mazarine en pratique
Vingt-trois quai de Conti, dans le 6e arrondissement, sous la coupole de l’Institut de France, face au pont des Arts. La fiche d’adresse du carnet est ici : bibliothèque Mazarine. Sur l’autre rive, la bibliothèque Richelieu et sa salle Labrouste racontent le chapitre suivant de la même histoire, celui du fer et de la lumière zénithale.
Le saviez-vous ?
Les manuscrits personnels de Mazarin, eux, ne sont plus là : ils ont été échangés en 1668 avec la Bibliothèque royale, et dorment aujourd’hui de l’autre côté de la Seine. La Mazarine a donc perdu le trésor de son fondateur, et gardé sa méthode, celle de Naudé : une bibliothèque doit être ouverte, classée, et utile à quiconque sait lire.
Oui. La salle de lecture est ouverte gratuitement aux lecteurs majeurs sur présentation d’une pièce d’identité, et des visites guidées sont organisées régulièrement. C’est l’une des rares bibliothèques patrimoniales parisiennes accessibles ainsi.
Parce que Mazarin l’a ouverte aux savants dès 1643, bien avant que l’idée d’une bibliothèque accessible à tous ne se répande. Son bibliothécaire Gabriel Naudé en avait théorisé le principe.
Un libelle, souvent satirique ou injurieux, publié contre le cardinal Mazarin pendant la Fronde, entre 1648 et 1653. La bibliothèque Mazarine en conserve la plus grande collection au monde.
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