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SECRET PARISIEN

Paris, le lundi 14 septembre 2026

Tour Eiffel

Les couleurs de la tour Eiffel, une garde-robe de fer

Un peintre suspendu dans la charpente de la tour Eiffel au-dessus de la Seine, photographie de presse
Agence Rol, domaine public, via Wikimedia Commons

La dame de fer est une coquette qui change de robe depuis 1887. Les couleurs de la tour Eiffel forment une garde-robe complète : rouge Venise posé en atelier sur chaque pièce avant montage, épaisse couche brun rouge pour l’inauguration de 1889, puis, au fil des campagnes, des jaunes orangés, des ocres, des dégradés savants plus clairs vers le sommet pour flatter la perspective, jusqu’au brun dit « tour Eiffel » adopté en 1968 et décliné depuis. Eiffel lui-même avait tout prévu, écrivant que l’édifice était conçu pour qu’on puisse « reconnaître un commencement de rouille et y remédier » : la peinture n’est pas une parure, c’est la peau qui la garde en vie.

Une histoire : des alpinistes au pinceau

Le rituel force le respect : environ tous les sept ans, une campagne de peinture couvre le monument, une soixantaine de tonnes de produit posées pour l’essentiel au pinceau, seul outil qui épouse la dentelle sans asperger le Champ-de-Mars. Les peintres, encordés dans la charpente comme des gabiers, décapent, traitent, recouvrent : les photographies de presse des années 1920, celles de l’agence Rol, les montrent suspendus au-dessus de la Seine avec un calme d’acrobates, casquette au vent. La dix-neuvième campagne inaugura en 1995 les peintures sans plomb ; la vingtième, ouverte en 2018 et achevée pour les Jeux de 2024, a rendu à la tour une teinte plus dorée, clin d’œil au jaune brun des années Eiffel.

Le choix de la couleur n’a rien d’anodin : trois nuances de brun, plus claires en montant, corrigent l’effet d’écrasement du ciel parisien et donnent à la silhouette son élancement uniforme. Quant à la matière, elle raconte l’histoire industrielle : minium d’autrefois, résines d’aujourd’hui, décapage prudent des couches anciennes, dix-neuf robes superposées pesant leur poids d’archives. La tour est le seul monument de Paris dont la couleur officielle porte son nom : le brun tour Eiffel figure aux nuanciers, entre châtaigne et bronze.

Les couleurs de la tour Eiffel, robe après robe

  • 1887 : rouge Venise antirouille posé en atelier à Levallois, avant même le premier rivet du chantier.
  • 1889 : brun rouge d’inauguration ; puis ocres et jaunes orangés au gré des campagnes du tournant du siècle.
  • 1968 : adoption du brun « tour Eiffel », en trois nuances dégradées, plus claires vers le sommet.
  • 1995 : première campagne sans plomb ; 2018-2024 : la vingtième campagne dore la robe pour les Jeux de Paris.

L’observation se fait à l’œil nu au pied de la tour Eiffel : comparez la teinte des membrures basses à celle du fuseau, la différence de nuance saute aux yeux dès qu’on la connaît. Et pour les amateurs de coulisses, la maison expose régulièrement au premier étage écaillages témoins et nuanciers des dix-neuf couches, carottages d’archéologie picturale à l’appui.

Le saviez-vous ?

La question la plus posée aux guides a sa réponse d’ingénieur : oui, la tour grandit l’été. La dilatation du fer fait varier sa hauteur de plusieurs centimètres entre hiver et été, jusqu’à dix-huit centimètres mesurés lors de la canicule de 1976, et le sommet s’incline légèrement à l’opposé du soleil, le côté chauffé se dilatant plus vite. La robe de peinture suit ces respirations sans craquer : c’est aussi pour cela qu’on la refait, patiemment, depuis cent trente-cinq ans.

De quelle couleur est la tour Eiffel ?

D’un brun spécifique dit « tour Eiffel », adopté en 1968, appliqué en trois nuances dégradées plus claires vers le sommet ; la campagne 2018-2024 a réchauffé cette teinte vers un jaune brun doré, en hommage aux couleurs du temps de Gustave Eiffel.

À quelle fréquence repeint-on la tour ?

Environ tous les sept ans, lors de campagnes mobilisant une soixantaine de tonnes de peinture appliquée essentiellement au pinceau par des peintres encordés. La campagne de 1995 fut la première sans plomb.

La tour change-t-elle vraiment de taille ?

Oui : la dilatation thermique fait varier sa hauteur de plusieurs centimètres selon les saisons, jusqu’à dix-huit centimètres relevés pendant la canicule de 1976, et le sommet penche imperceptiblement à l’opposé du côté ensoleillé.

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