La tour Eiffel, laboratoire géant
Quand les artistes de 1887 lui dénièrent toute beauté, Gustave Eiffel joua sa défense sur un autre terrain : l’utilité. Sa tour serait un observatoire et un instrument, promit-il, et il tint parole au point d’en faire une tour Eiffel laboratoire, la plus haute paillasse du monde. Dès l’ouverture de 1889, Éleuthère Mascart, premier directeur du Bureau central météorologique, y installe une station d’observation ; Eiffel finance de sa poche quatre stations sœurs dans ses propriétés, publie lui-même les relevés, et poursuit l’expérience jusqu’en 1912. Le sommet mesure le vent, la pluie, la pression : la tour rend à la science ce que la science avait calculé pour elle.
Une histoire : la physique à trois cents mètres
Le plus spectaculaire commence en 1903 : pour étudier la résistance de l’air, Eiffel tend un câble entre le deuxième étage et le sol, le long duquel il lâche des corps profilés équipés d’enregistreurs, chronométrés sur cent quinze mètres de chute. L’appareil mesure ce que nul n’avait encore chiffré proprement : la traînée. Poussant la logique, l’ingénieur retourne le problème, il vaut mieux souffler sur un objet immobile que lâcher un objet dans l’air calme, et construit en 1909 une petite soufflerie au pied même de la tour, rue avoisinante comprise dans le périmètre de sa concession. En 1912, l’installation déménage rue Boileau, à Auteuil, en plus vaste : le laboratoire aérodynamique Eiffel y fonctionne toujours, et les pionniers de l’aviation, Voisin, Farman, Blériot, Breguet, y firent tester leurs ailes.
La liste des expériences perchées donne le tournis : pendule de Foucault battant sous le deuxième étage, manomètre géant utilisant les trois cents mètres de dénivelé pour mesurer des pressions extrêmes, physiologie de l’effort sur les grimpeurs d’escaliers, chronophotographie du vent. À sa mort en 1923, Eiffel laissait autant de mémoires scientifiques que de ponts : le vieux monsieur du Champ-de-Mars avait fini doyen des aérodynamiciens, et sa tour, major de promotion de tous les instruments de mesure.
La tour Eiffel laboratoire, expérience par expérience
- 1889 : station météorologique de Mascart au sommet, relevés publiés par Eiffel jusqu’en 1912.
- 1903 : le câble de chute du deuxième étage, cent quinze mètres d’aérodynamique expérimentale avant l’heure.
- 1909 : la soufflerie du Champ-de-Mars, transférée en 1912 rue Boileau où elle souffle encore.
- Un pendule de Foucault, un manomètre de trois cents mètres et des grimpeurs chronométrés pour la physiologie.
Au sommet de la tour Eiffel, les vitrines du niveau supérieur rappellent cet âge héroïque, baromètres et théodolites à l’appui ; et pour l’anecdote d’aviation, la soufflerie Eiffel de la rue Boileau, discrète merveille d’Auteuil, se signale aux passants par sa façade centenaire, toujours en activité.
Le saviez-vous ?
C’est la science qui a sauvé la tour de la casse : la concession accordée à Eiffel expirait fin 1909, démolition envisagée dès 1903. L’ingénieur le savait et multiplia sciemment les usages savants de son mât géant, météo, aérodynamique, et surtout télégraphie sans fil naissante. Quand vint l’échéance, l’utilité militaire et scientifique de l’antenne emporta la décision : la concession fut prorogée, et le laboratoire géant devint monument éternel. La suite au prochain épisode, celui de la TSF.
Météorologie dès 1889 avec la station de Mascart, chute de corps profilés le long d’un câble à partir de 1903 pour l’aérodynamique, pendule de Foucault, manomètre géant, physiologie de l’effort : la tour servit d’instrument autant que de monument.
Un laboratoire aérodynamique créé par Gustave Eiffel au pied de la tour en 1909, transféré en 1912 rue Boileau à Auteuil, où il fonctionne toujours. Les avions de Voisin, Farman, Blériot ou Breguet y furent testés en maquette.
Parce que la concession expirait en 1909 avec démolition à la clé : les usages scientifiques et surtout la télégraphie sans fil, stratégique pour l’armée, convainquirent de conserver l’édifice et de prolonger la concession.
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