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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 15 septembre 2026

16e Arrt
placed'Iéna
Paris

La bibliothèque du musée Guimet, où dansa Mata Hari

La coupole de la bibliothèque du musée Guimet, à Paris, vue depuis le sol
Athoune, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

C’est une rotonde de bois et de livres, coiffée d’une coupole, à l’étage d’un musée que l’on vient voir pour ses bouddhas. La bibliothèque Guimet a pourtant connu une soirée dont la ville a parlé pendant des mois : le 13 mars 1905, on l’a vidée de ses lecteurs, transformée en temple hindou, et une inconnue y a dansé sous le nom de Mata Hari.

Une histoire : la bibliothèque Guimet et son fondateur

Émile Guimet, industriel lyonnais né en 1836, mort en 1918, ne collectionnait pas l’art asiatique par goût du bibelot mais par curiosité pour les religions. Son musée, inauguré à Paris en 1889, s’appelait d’ailleurs à l’origine musée des Religions. Le bâtiment de la place d’Iéna est construit en 1888 et 1889 par l’architecte Charles Terrier, et la bibliothèque y occupe dès l’ouverture une place centrale : pour Guimet, on ne comprend pas une statue sans lire les textes qui l’expliquent.

Le 13 mars 1905, le vieil orientaliste invite une jeune femme à venir danser dans cette bibliothèque, aménagée pour l’occasion en temple. Elle se présente comme une princesse javanaise, s’appelle en réalité Margaretha Zelle, néerlandaise, et se fait appeler Mata Hari, œil du jour en malais. Entourée de quatre servantes, elle rend hommage à Shiva et se dénude progressivement. Le Tout-Paris est là, le succès est immédiat, et la légende commence, qui s’achèvera douze ans plus tard devant un peloton d’exécution.

La bibliothèque, elle, a continué son travail. La façade, les toitures et la bibliothèque elle-même sont inscrites au titre des monuments historiques depuis le 11 juillet 1979, et le musée a été entièrement restructuré entre 1994 et 2001 par les architectes Henri et Bruno Gaudin.

Ce qu’il faut regarder

  • La coupole et la galerie circulaire, dont les rayonnages suivent la courbe du mur : une bibliothèque ronde est un luxe de constructeur, rien n’y est standard.
  • Le mobilier d’origine, conservé lors des restaurations successives.
  • Les collections, parmi les plus complètes d’Europe sur les religions et les arts de l’Asie.
  • La rotonde vue depuis le sol, en levant la tête : c’est l’angle de la photographie qui ouvre cet article, et le meilleur.

Le musée Guimet en pratique

Six place d’Iéna, dans le 16e arrondissement, métro Iéna. Le musée se visite, la bibliothèque est accessible aux chercheurs sur rendez-vous et s’ouvre lors des journées du patrimoine. À quelques centaines de mètres, le palais Galliera et le palais de Tokyo complètent la colline des musées.

Le saviez-vous ?

Mata Hari n’était pas danseuse. Elle avait appris quelques mouvements dans un cirque parisien quelques semaines plus tôt, et tout son art tenait à l’aplomb avec lequel elle affirmait venir de Java. Ce sont des érudits, dans une bibliothèque d’orientalisme, qui l’ont crue les premiers : la meilleure preuve que le décor fait la moitié du spectacle.

Peut-on visiter la bibliothèque du musée Guimet ?

Elle est ouverte aux chercheurs sur rendez-vous, et se découvre lors de certaines visites et des journées du patrimoine. Le musée, lui, se visite librement aux heures d’ouverture.

Mata Hari a-t-elle vraiment dansé au musée Guimet ?

Oui, le 13 mars 1905, dans la bibliothèque du musée aménagée en temple hindou à l’invitation d’Émile Guimet. C’était sa première apparition publique sous ce nom.

Quand le musée Guimet a-t-il été créé ?

Il a été inauguré à Paris en 1889 sous le nom de musée des Religions, à l’initiative de l’industriel lyonnais Émile Guimet, dans un bâtiment construit par Charles Terrier.

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