Les ascenseurs de la tour Eiffel, une odyssée verticale
Le problème n’avait jamais été posé à personne : faire grimper des cabines dans des jambes courbes. Les ascenseurs de la tour Eiffel furent, dès 1889, un défi aussi neuf que la tour elle-même, au point qu’un premier fournisseur pressenti, Backmann, fut écarté après le concours et remplacé par trois systèmes concurrents : les Français Roux, Combaluzier et Lepape dans les piliers est et ouest, l’Américain Otis dans les piliers nord et sud, et Léon Edoux pour l’assaut final, du deuxième étage vers le sommet. Monter devint une attraction en soi : on venait pour la vue, on racontait la machine.
Une histoire : trois systèmes pour un vertige
Au rez-de-chaussée, les cabines Roux-Combaluzier, poussées par une double chaîne sans fin hydraulique, embarquent 200 personnes d’un coup vers le premier étage : lentes, mais rassurantes. Les Otis, eux, osent la courbure jusqu’au deuxième : cabines à deux niveaux inclinées sur glissières, tirées par un câble qu’anime un piston hydraulique démultiplié par un jeu de poulies, 100 passagers et des sensations d’un genre nouveau. Enfin l’Edoux, vertical celui-là : deux cabines liées, celle du bas servant de contrepoids à celle du haut, poussée par un piston aux dimensions extravagantes. Sa particularité fait le bonheur des chroniqueurs : à mi-parcours, tout le monde descend et change de cabine sur une passerelle suspendue, en plein ciel, à près de deux cents mètres au-dessus du Champ-de-Mars.
Ce transbordement, immortalisé par les photographes Neurdein en 1889, explique un détail que les visiteurs remarquent encore : la petite plateforme intermédiaire qui ceinture le fuseau de la tour à 196 mètres. L’Edoux servira jusqu’en 1983, quand un tandem électrique moderne le remplacera, montant d’un seul jet. Côté ouest et est, les machines aussi ont leur légende : les groupes hydrauliques Fives-Lille installés en 1899 pour remplacer les Roux-Combaluzier ont travaillé plus d’un siècle, modernisés mais fidèles, faisant des ascenseurs de la tour les doyens du monde en activité.
Les ascenseurs de la tour Eiffel, étage par étage
- Piliers est et ouest, 1889 : cabines Roux-Combaluzier de 200 places, à double chaîne hydraulique, remplacées en 1899 par le système Fives-Lille.
- Piliers nord et sud, 1889 : Otis à deux niveaux, sur glissières obliques, 100 passagers vers le deuxième étage.
- Du deuxième au sommet : l’Edoux vertical et son fameux changement de cabine à mi-hauteur, à 196 mètres.
- 1965 : un ascenseur neuf de 110 places dans le pilier nord ; 1983 : la montée au sommet d’un seul jet remplace le transbordement.
Aujourd’hui encore, la montée en ascenseur depuis le pilier nord de la tour reste un petit voyage ferroviaire vertical : cabine jaune, courbure sensible, changement au deuxième. Les curieux de mécanique guetteront, au premier étage, les vitrines qui exposent rouages et pistons d’origine : le dix-neuvième siècle y tourne encore, huilé de frais.
Le saviez-vous ?
La presse de 1887 s’était moquée d’avance : la revue La Construction moderne reprenait les doutes du jury sur des ascenseurs jugés irréalisables dans des piles courbes. C’est précisément cette impossibilité qui fit la gloire des ingénieurs : l’Exposition de 1889 s’ouvrit certes avec des machines en retard, une semaine d’escaliers pour tout le monde, mais quand les cabines s’ébranlèrent enfin, elles devinrent l’attraction dans l’attraction, au point que certains visiteurs remontaient uniquement pour refaire le voyage.
Parce que les jambes de la tour sont courbes et que la course était sans précédent : aucun système existant ne convenait. Trois solutions cohabitèrent dès 1889 : Roux-Combaluzier à chaînes, Otis à glissières obliques et Edoux vertical pour le sommet.
L’Edoux fonctionnait avec deux cabines se faisant contrepoids : les passagers changeaient de cabine à mi-parcours, sur la plateforme intermédiaire située à 196 mètres. Le système a servi jusqu’en 1983.
Les groupes hydrauliques Fives-Lille posés en 1899 dans les piliers est et ouest, plusieurs fois modernisés, ont fonctionné plus d’un siècle : ce sont parmi les plus anciennes machines d’ascenseur au monde restées en service.
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