C’est l’un des plus célèbres bars cachés de Paris, et l’un des plus mal situés par ceux qui en parlent. Le Lavomatic occupe l’étage d’une laverie automatique en activité, au 30 rue René-Boulanger. Pas dans le 11e arrondissement, comme on le lit presque partout, mais dans le 10e.
Le Lavomatic n’est pas dans le 11e
Trois sources indépendantes le disent, et la troisième est la maison elle-même. Le fichier des voies de la Ville de Paris ne rattache la rue René-Boulanger qu’au 10e arrondissement, quartier de la Porte-Saint-Martin. La base d’adresses de l’État renvoie le code de commune du 10e. Et l’établissement écrit 75010 sur son propre site, à deux reprises.
L’erreur est banale et elle voyage vite : une liste la commet, dix autres la recopient. Elle a pourtant une conséquence pratique, puisqu’elle éloigne le lecteur de plusieurs centaines de mètres et le prive du bon repère, la place de la République, à laquelle la rue commence.
Une laverie qui tourne pour de bon
Le principe est connu : au rez-de-chaussée, une vraie laverie automatique, avec ses machines et ses clients. À l’étage, le bar. Il faut ici être honnête sur ce que l’on sait : la maison ne décrit nulle part son propre dispositif d’entrée. Les récits de machine à laver factice ou de bouton dissimulé au fond du local viennent tous de tiers, et le plus sérieux d’entre eux, la presse de sorties, confirme le principe sans détailler le mécanisme.
- Ouvert du mardi au jeudi de dix-neuf heures à une heure.
- Le vendredi et le samedi, de dix-huit heures à deux heures.
- La maison précise qu’elle ne prend pas de réservation.
- La privatisation n’est possible qu’en dehors des heures d’ouverture, et pour les sociétés.
- Le nom s’écrit Lavomatic en devanture, The Lavomatic dans la mention de propriété du site.
- Rien n’est documenté sur le bâtiment lui-même, ni sa date, ni son architecte, ni un éventuel usage antérieur.
Rue de Bondy jusqu’en 1944
La rue, elle, est bien documentée. Cinq cents mètres de long, douze de large, de la place de la République au boulevard Saint-Martin et au carrefour des Théâtres. Elle fut successivement chemin de la voirie, rue des Fossés Saint-Martin, rue Basse Saint-Martin, puis rue de Bondy jusqu’en 1944.
Son nom actuel date d’un arrêté du 18 décembre 1944 et honore René Boulanger, syndicaliste né en 1901, incarcéré et tué à la prison de Nantes en 1944. Pour qui cherche des images anciennes de la rue, c’est sous son nom de rue de Bondy qu’il faut la chercher dans les fonds photographiques : les clichés d’avant-guerre ne la connaissent pas autrement.
Le saviez-vous ? Le carrefour des Théâtres
La rue finit à un carrefour qui porte encore ce nom, souvenir du temps où ce morceau des Grands Boulevards concentrait les salles populaires. Le Grand Rex est plus loin sur les Boulevards, mais la porte Saint-Martin et les salles qui l’entourent restent les témoins visibles de cette géographie, à deux pas du bar.
Il y a une ironie de quartier à installer un bar clandestin au-dessus d’une laverie, dans une rue qui borde le carrefour des Théâtres : la mise en scène de la vie ordinaire y a deux siècles d’avance. Le passage Brady, à cinq minutes, prolonge cette rue dans un autre registre.
Dans le 10e. La rue René-Boulanger y est tout entière, le fichier des voies de la Ville ne lui rattache aucun autre arrondissement, la base d’adresses de l’État donne le code 75110, et l’établissement lui-même écrit 75010. Les guides qui indiquent le 11e se trompent.
Ceux que publie la maison : 19 heures à 1 heure le mardi, le mercredi et le jeudi, 18 heures à 2 heures le vendredi et le samedi. Elle précise ne pas prendre de réservation. Fermé le dimanche et le lundi.
C’est ce que disent toutes les descriptions, et elle est bien en activité. En revanche, le mécanisme d’entrée exact n’est décrit nulle part par l’établissement : les récits de machine à laver factice et de bouton dissimulé viennent tous de tiers.
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