Il faut d’abord trouver le Sir Winston, brasserie britannique du 16e arrondissement, puis descendre. Le Doris Bar occupe son sous-sol, avec un décor inspiré de l’Orient-Express, des alcôves confortables sous un plafond de bois, et une particularité qui intrigue : de discrets casiers dissimulés sous le comptoir.
Le Doris Bar et ses casiers sous le comptoir
Ces casiers sont le détail que tout le monde raconte, et que personne n’a documenté. La maison les présente comme le souvenir d’un passé de bar à hôtesses, quand les habitués laissaient là leur bouteille. L’histoire est jolie, elle circule depuis l’ouverture, et aucune source indépendante ne l’établit. Il faut la lire comme une tradition de maison, pas comme une archive.
Le bar a ouvert fin octobre 2022, ce qui est la date la mieux étayée, dans un sous-sol aménagé par l’équipe qui tenait alors un bar de Pigalle. Le nom renverrait à une amante de Winston Churchill, dont aucune des sources qui le répètent ne donne le nom complet. Une seconde pièce secrète serait cachée plus loin encore : là aussi, une seule source le dit.
Une rue née d’un traité et d’un décret
L’adresse mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle raconte l’urbanisme du Second Empire. La rue de Presbourg forme, avec la rue de Tilsitt, l’anneau qui ceinture la place de l’Étoile et l’Arc de Triomphe. Elle a été ouverte par décret du 13 août 1854 et baptisée par décret du 2 mars 1864, en souvenir du traité signé le 26 décembre 1805 entre la France et l’Autriche.
- Quatre cent cinquante mètres de long, douze mètres de large, à cheval sur le 8e et le 16e arrondissement.
- Elle commence au 133 de l’avenue des Champs-Élysées et finit au 1 de l’avenue de la Grande-Armée.
- Les immeubles situés entre la rue et la place sont soumis à une servitude d’unité de façade, fixée par le décret de 1854 : c’est ce qui donne à l’anneau son air de décor continu.
- Le numérotage a été arrêté le 18 mars 1855.
- Le numéro 5 relève du code postal 75116, celui de la partie nord du 16e.
- Ni le bâtiment ni son architecte ne sont documentés, et l’adresse n’est pas protégée au titre des monuments historiques.
Ce que la maison ne dit pas
Le Sir Winston n’a pas de page consacrée à son bar caché : l’adresse qui devrait la porter renvoie une erreur, et le Doris Bar n’existe sur le site de sa maison mère que sous la forme d’une phrase de la page d’accueil. Pas de carte en ligne, pas d’horaires, pas de photographies. Pour un établissement qui cultive le secret, c’est presque logique ; pour qui prépare une soirée, c’est un peu court.
La cuisine, elle, est signée du chef Manoj Sharma et mêle les traditions britannique et indienne, ce qui donne des accompagnements inattendus pour des cocktails : œufs écossais, poulet tikka masala. Le bar a par ailleurs accueilli des résidences, dont une distillerie japonaise et un bar belge, mais celles-ci se sont achevées au printemps 2026 et rien ne dit ce qui leur a succédé.
Le saviez-vous ? Une distinction qui n’est pas la sienne
On lit parfois que le Doris Bar figure dans un classement mondial des bars. C’est une confusion : la distinction appartenait au bar invité en résidence, pas à la maison qui l’accueillait. Et l’annuaire en question n’est pas un palmarès mais un répertoire, où figurer ne donne aucun rang.
Le quartier, lui, a une vraie tradition de comptoirs. À vingt minutes à pied vers l’Opéra, le Harry’s New York Bar sert depuis 1911 dans des boiseries rapportées de Manhattan. Entre les deux, un siècle et deux idées opposées du bar : l’un s’affiche rue Daunou, l’autre se cache sous une brasserie.
Au sous-sol du Sir Winston, 5 rue de Presbourg, dans le 16e arrondissement, sur l’anneau de rues qui ceinture la place de l’Étoile. La brasserie est en rez-de-chaussée, le bar caché en dessous.
Non. Aucune source ne fait état d’un mot de passe ni d’une porte dérobée. Le bar est simplement au sous-sol, et la maison mère se contente d’annoncer qu’il se découvre à la nuit tombée.
La maison ne les publie pas. Deux versions contradictoires circulent en ligne, l’une du mardi au samedi, l’autre du mercredi au samedi, sans qu’aucune soit rattachée à une page officielle. Mieux vaut téléphoner avant de traverser Paris.







