Le vol de la Joconde commence par un malentendu de bureau. Le mardi 22 août 1911 au matin, constatant le mur nu du Salon Carré, le brigadier de surveillance ne s’émeut pas : le tableau, pense-t-il, est sans doute monté à l’atelier de photographie. Le Figaro du surlendemain raconte la scène, et cette réaction explique à elle seule pourquoi le vol a mis une journée entière à devenir un vol.
Le vol de la Joconde, un cadre vide et une glace
Ce qu’on retrouve d’abord, ce n’est pas le tableau, c’est son cadre. Le Figaro du 23 août 1911 le décrit avec précision : un cadre en bois sculpté Renaissance, donné quelques années plus tôt par la comtesse de Béarn, et sa glace, c’est-à-dire son verre de protection. Détail qui compte pour la suite, un panneau que l’on encadre à la Renaissance et que l’on protège sous verre n’est pas une toile obscure.
Le vol a lieu un lundi, jour de fermeture, ce qui laissait au voleur un musée vide et les couloirs de service pour lui seul. Le tableau quitte le musée du Louvre par une porte de personnel, et il faudra deux ans et quatre mois pour qu’il y revienne.
Une chambre du 10e arrondissement
Pendant ce temps, la Joconde ne quitte pas Paris. Elle dort dans une chambre de la rue de l’Hôpital-Saint-Louis, cent soixante-cinq mètres de voie entre la rue de la Grange aux Belles et le quai de Jemmapes, dans le 10e. La rue s’appelait rue Héron lors de son ouverture, avant de prendre le nom de l’hôpital voisin.
Le numéro exact de la chambre circule, mais aucune source institutionnelle consultée ne le confirme, et il vaut mieux s’en tenir à la rue. C’est déjà assez frappant : le tableau le plus surveillé d’Europe a passé deux ans à quelques centaines de mètres du canal, dans un garni de faubourg, pendant que la police fouillait des collections.
- Vol le lundi 21 août 1911, constat le mardi 22 au matin.
- Première relation dans Le Figaro le 23 août 1911.
- Prise de contact avec un antiquaire de Florence entre le 10 et le 12 décembre 1913, selon les sources.
- Arrestation dans un hôtel de la rue Panzani, à Florence, alors que l’homme descendait l’escalier.
- Restitution à l’ambassadeur de France à Rome le 19 décembre 1913.
- Retour au Louvre le 4 janvier 1914, soit deux ans, quatre mois et quatorze jours d’absence.
Perugia, avec un seul g
Le Petit Parisien du 13 décembre 1913, dont la une illustre cette page, donne l’arrestation à chaud. Il écrit Perugia, avec un seul g, quand l’orthographe italienne est Peruggia, et il le dit ouvrier graveur demeurant à Paris. Les récits modernes en font tantôt un vitrier, tantôt un décorateur, tantôt un peintre en bâtiment : au moins quatre métiers circulent pour le même homme.
Le même numéro rapporte sa déclaration, être l’unique auteur du vol et n’avoir aucun complice. Quant au mobile patriotique, rendre le tableau à l’Italie, c’est sa défense au procès, et elle a bien fonctionné puisqu’il a été jugé avec indulgence. Mais il avait proposé l’œuvre à un antiquaire, ce qui ressemble d’assez près à une transaction. Écrire selon sa défense est plus honnête qu’écrire par patriotisme.
Le saviez-vous ? Deux affaires que l’on confond toujours
Guillaume Apollinaire a bien été incarcéré à la Santé le 7 septembre 1911, et Pablo Picasso entendu. Mais pas pour la Joconde. L’affaire est connexe et distincte : des statuettes ibériques dérobées au Louvre quelques années plus tôt par un aventurier belge, et restituées anonymement en pleine enquête, ce qui a naturellement attiré l’attention. Aucun des deux n’a été inculpé de recel.
Autre correction utile, le vol n’a pas rendu le tableau célèbre. Le Figaro en parle dès le 23 août 1911 comme d’une évidence connue de tous, sans prendre la peine de présenter l’œuvre. Ce que le vol a produit, c’est le passage d’une gloire de connaisseurs à une notoriété planétaire. La nuance tient en une phrase : elle était déjà célèbre, l’affaire l’a rendue universelle. Pour la promenade, le jardin des Tuileries prolonge naturellement la visite du palais.
Le lundi 21 août 1911, jour de fermeture du musée. Le vol n’est constaté que le lendemain matin, parce que le personnel a d’abord supposé que le tableau était monté à l’atelier de photographie.
Pas du vol de la Joconde. Ils ont été inquiétés dans une affaire connexe, le recel de statuettes ibériques dérobées au Louvre quelques années plus tôt. Apollinaire a été incarcéré, Picasso seulement entendu, et ni l’un ni l’autre n’a été inculpé.
Deux ans, quatre mois et quatorze jours, du 21 août 1911 au 4 janvier 1914. La formule courante, deux ans, raccourcit d’un tiers d’année.
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