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SECRET PARISIEN

Paris, le samedi 19 septembre 2026

2e Arrt
rueLéopold-Bellan
Passages couverts 2e arrondissement

Le passage Ben-Aïad

9 rue Léopold-Bellan, 75002 Paris

Le portail clos du passage Ben-Aïad, avec son arche gravée, vu depuis la rue Léopold-Bellan
Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Il ne se visite pas, et c’est précisément pour cela qu’il fascine. Le passage Ben-Aïad se contemple depuis deux porches, rue Léopold-Bellan et rue Bachaumont : derrière le portail, une galerie mal peignée, des verrières fatiguées, un silence de belle endormie. C’est le fantôme du passage du Saumon, l’un des plus animés du Paris romantique, et son histoire vaut tous les intérieurs.

Du Saumon au trésor de Tunis

Un passage du Saumon à ciel ouvert existe dès 1763 ; il est rebâti couvert en 1826 et 1828 par l’architecte Hubert Rohault de Fleury, avec galeries et établissement de bains. Le 5 juin 1832, jour des obsèques du général Lamarque, l’émeute gagne le quartier : Victor Hugo, pris entre deux feux dans le passage, s’abrite une demi-heure derrière les demi-colonnes des boutiques. L’épisode nourrira Les Misérables, et le site de la Ville consacré à Hugo le raconte pièces en main.

En 1853, le lieu change de roman : Mahmoud Ben Ayed, ministre et banquier du bey de Tunis, achète le passage. L’homme vient de gagner Paris avec une fortune détournée du trésor beylical, s’est fait naturaliser français, et sera condamné par arbitrage impérial en 1856 à rendre plus de dix-huit millions de piastres. Il ne paiera rien, filera vers Istanbul et mourra en 1880. Son fils fait démolir l’essentiel du passage en septembre 1899 pour percer la rue Bachaumont ; le tronçon subsistant, l’ancienne galerie Mandar, est inscrit aux monuments historiques depuis l’arrêté du 21 janvier 1997, façades des bains comprises.

Ce que montre le passage Ben-Aïad, grilles comprises

  • Le porche de la rue Léopold-Bellan et son arche gravée, la plus belle enseigne de passage fermé de Paris.
  • À travers la grille, la perspective de la galerie et ses boutiques mortes, décor intact d’un commerce évanoui.
  • Côté rue Bachaumont, le second porche, qui date du remodelage de 1899.
  • Le quartier Montorgueil tout autour, qui fut le public naturel du Saumon.

Y aller, sans entrer

Porches au 9 rue Léopold-Bellan et au 8 rue Bachaumont, dans le 2e arrondissement ; métro Sentier. Le passage est privé et fermé : il se regarde, il ne se traverse pas, et la fiche préfère le dire que le promettre. Pour la consolation, les vivants sont à cinq minutes : le passage du Grand-Cerf et sa verrière, ou le passage du Caire côté confection.

Le saviez-vous ?

Victor Hugo n’a pas seulement frôlé les balles au Saumon : il l’a aussi dessiné. Deux dessins du passage de sa main sont conservés dans les collections des Maisons de Victor Hugo et versés en libre accès. L’écrivain qui fit de la barricade voisine un chapitre du roman national avait donc aussi croqué le décor, en voisin attentif. Le passage, lui, garde tout cela derrière son portail : l’émeute de 1832, la caisse de Tunis, et les dessins d’un académicien en fuite ce jour-là.

Peut-on visiter le passage Ben-Aïad ?

Non, il est privé et fermé par des portails. On le contemple depuis ses deux porches, rue Léopold-Bellan et rue Bachaumont, à travers les grilles.

Quel lien entre Victor Hugo et ce passage ?

Le 5 juin 1832, pris entre deux feux lors de l’émeute des obsèques du général Lamarque, Hugo s’abrita une demi-heure dans l’ancien passage du Saumon. L’épisode a nourri Les Misérables.

Qui était Ben-Aïad ?

Mahmoud Ben Ayed, ministre et banquier du bey de Tunis, acheta le passage en 1853 après avoir gagné Paris avec des fonds détournés du trésor beylical. Condamné en 1856, il ne restitua rien.

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