On entre par une porte étroite du 145 rue Saint-Denis, et le plafond s’envole. Le passage du Grand-Cerf monte à onze mètres quatre-vingts sous verrière, record absolu des passages parisiens, et cette hauteur change tout : la lumière tombe d’aplomb, les façades intérieures s’offrent le luxe de deux étages entièrement vitrés, et l’on marche dans ce qui ressemble moins à une galerie marchande qu’à une nef de gare.
Une histoire : ce que le passage du Grand-Cerf doit aux diligences
Avant le passage, il y avait l’hôtel du Grand Cerf, une hôtellerie dont l’enseigne a donné son nom au lieu et dont la cour servait de terminus aux voitures des messageries. On en partait pour la province, on en revenait couvert de poussière, et le quartier vivait au rythme des départs. En 1782, on envisage même d’installer l’Opéra-Comique à cet emplacement. Le projet tombe ; le passage, lui, s’ouvre en 1825, après le rachat des lieux par une compagnie bancaire qui flaire la bonne affaire.
L’architecture que l’on admire aujourd’hui est pourtant plus tardive : c’est vers 1845 que la grande verrière est posée, portée par une charpente métallique qui permet de la hisser si haut. Le passage connaît ensuite un long purgatoire. Légué en 1862 à l’Assistance publique, il rapporte de moins en moins, jusqu’à ce qu’un rapport de 1896 constate « ce trop grand abandon dans lequel on avait laissé l’immeuble ». Vendu en 1987, restauré, il rouvre enfin propre et vitré, occupé par des ateliers de créateurs, des décorateurs et des artisans.
Ce qu’il faut regarder en passant
- La verrière en berceau, ses fermes de fonte et ses tirants : la structure est le décor, il n’y en a pas d’autre.
- Les deux niveaux de façades vitrées, rendus possibles par la hauteur, qui donnent au passage son allure de rue intérieure plutôt que de couloir.
- L’enseigne peinte au-dessus de l’entrée de la rue Saint-Denis, qui indique toujours la direction du quartier Montorgueil.
- Le dallage et les devantures de bois, refaits à l’ancienne lors de la restauration.
- Les vitrines d’artisans : bijoutiers, luthiers, tapissiers, une population de métiers que les loyers ont chassée de presque partout ailleurs.
Le passage du Grand-Cerf en pratique
Il relie le 145 rue Saint-Denis au 10 rue Dussoubs, dans le 2e arrondissement, et se prolonge vers l’est par le passage du Bourg-l’Abbé, inauguré en 1828. Métro Étienne Marcel. La fiche d’adresse du carnet, avec horaires et accès, se trouve ici : le passage du Grand-Cerf. À dix minutes de marche, la galerie Vivienne offre la comparaison la plus instructive : même époque, même principe, tout autre tempérament.
Le saviez-vous ?
La hauteur n’était pas un caprice d’architecte mais un calcul de commerçant. En montant la verrière si haut, on rendait louables les étages supérieurs, que les passages bas ne pouvaient éclairer. Le Grand-Cerf est ainsi le seul passage parisien où l’on a construit des boutiques au premier étage, avec leurs propres vitrines donnant sur le vide.
Entre le 145 rue Saint-Denis et le 10 rue Dussoubs, dans le 2e arrondissement de Paris, à deux pas de la rue Montorgueil. Station de métro Étienne Marcel.
Sa verrière culmine à 11,80 mètres, contre six à huit mètres pour la plupart des autres passages couverts. La charpente métallique posée vers 1845 a permis cette hauteur, et donc deux niveaux de façades vitrées.
Des ateliers et boutiques d’artisans, créateurs, décorateurs et designers, ainsi que quelques cafés. C’est l’un des rares passages parisiens restés artisanaux.
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