Robert Capa n’a jamais existé. C’est une invention de deux réfugiés sans le sou, un Hongrois nommé Endre Friedmann et une Allemande nommée Gerta Pohorylle, qui se retrouvent à Paris au milieu des années trente et ne parviennent pas à vendre leurs photographies. Ils créent alors de toutes pièces un photographe américain riche et célèbre, dont ils se présentent comme les agents : Capa. Le stratagème marche si bien que Friedmann portera ce nom jusqu’à sa mort.
Une histoire : Robert Capa, du Dôme à l’Espagne
Budapest, 1913 : Friedmann naît dans une famille juive de tailleurs. Politiquement suspect, il fuit à Berlin, puis à Paris en 1933, dans cette colonie d’exilés qui peuple les cafés de Montparnasse et vit de piges. Il y rencontre Gerta Pohorylle, réfugiée elle aussi, qui devient Gerda Taro. Ensemble ils photographient les grèves, les manifestations et les défilés du Front populaire, les usines occupées de 1936, ce Paris qui se soulève et qui chante.
Puis vient l’Espagne. Capa y fait la photographie qui le rendra célèbre et discuté pendant quatre-vingts ans, celle du milicien qui tombe. Gerda Taro, elle, est tuée en juillet 1937 près de Brunete, écrasée par un char. Capa continue : la Chine, l’Afrique du Nord, la Sicile, et le 6 juin 1944 les plages de Normandie, où il débarque avec la première vague et rapporte onze clichés flous devenus les images les plus célèbres du Débarquement.
En 1947, il fonde avec Henri Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger une coopérative de photographes qui appartiendra à ses membres : Magnum, dont le bureau parisien deviendra l’une des institutions de la profession. Le 25 mai 1954, en Indochine, il saute sur une mine en suivant une colonne française. Il avait quarante ans et disait ne pas vouloir mourir dans son lit.
Son Paris
- Montparnasse et ses cafés, le Dôme en tête, quartier général des exilés d’Europe centrale dans les années trente.
- Les rues du Front populaire, ses manifestations et ses usines occupées, sujet de ses premières photographies vendues.
- Le bureau parisien de Magnum, qu’il a contribué à installer et qui a formé des générations de reporters.
- Les archives de la Bibliothèque nationale, où dorment les tirages de presse de ces années-là, aujourd’hui tombés dans le domaine public.
Le saviez-vous ?
Une partie des photographies signées Capa dans les années trente sont en réalité de Gerda Taro : les deux signaient du même nom, et le tri n’a été fait qu’au XXIe siècle, après la découverte au Mexique d’une valise contenant des milliers de négatifs perdus depuis 1939. L’histoire de la photographie a donc rendu à une morte de vingt-six ans une œuvre qu’on attribuait à son compagnon.
Non. Il s’appelait Endre Friedmann, né à Budapest en 1913. Le nom de Robert Capa a été inventé à Paris avec Gerda Taro pour vendre plus cher leurs photographies.
Une coopérative de photographes fondée en 1947 par Capa, Henri Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger, où les auteurs restent propriétaires de leurs images. Son bureau parisien existe toujours.
Le 25 mai 1954, en Indochine, en marchant sur une mine alors qu’il suivait une colonne française. Il avait quarante ans.
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