Au coin de la rue de Courcelles, entre deux immeubles de pierre de taille parfaitement haussmanniens, un bâtiment rouge vif dresse ses toits retroussés et ses balcons de laque. La pagode de la plaine Monceau n’est pas un décor de cinéma : c’est un hôtel particulier du XIXe siècle qu’un marchand d’art asiatique a fait transformer en maison chinoise au milieu des années 1920, et qui est aujourd’hui classé.
Une histoire : qui a construit la pagode de Paris
L’homme s’appelle Ching Tsai Loo. Né en Chine, arrivé en France au début du siècle, il devient l’un des plus importants marchands d’art asiatique de son temps, celui par qui passent bronzes archaïques, sculptures bouddhiques et céramiques. En 1925, il achète un hôtel particulier bâti dans le goût français, tout près du parc Monceau, et charge l’architecte Bloch d’une commande inouïe : le transformer en pagode.
Les travaux sont menés en 1925 et 1926. La façade reçoit ses toitures à pans retroussés, ses tuiles et son rouge profond ; à l’intérieur, des panneaux de laque du XVIIIe siècle et des salles à thème recomposent un décor d’Extrême-Orient au cœur du 8e arrondissement. Le bâtiment devient la vitrine de la galerie C. T. Loo et Cie, et la plaine Monceau, quartier des collectionneurs et des financiers, y voit défiler le marché mondial de l’art chinois.
La maison est inscrite au titre des monuments historiques en 2002, puis en 2006. Elle abrite toujours les activités de la galerie, une bibliothèque de quelque mille trois cents ouvrages, trois mille catalogues d’exposition et autant de photographies anciennes, et s’ouvre ponctuellement pour des expositions et des privatisations.
Ce qu’il faut regarder
- Le rouge : il n’est pas décoratif mais rituel, couleur de faste et de protection dans l’architecture chinoise.
- Les toits à pans retroussés, posés sur une structure haussmannienne qu’ils ne cachent pas tout à fait : regardez les fenêtres, elles sont restées parisiennes.
- Les balcons et les ferronneries, entièrement redessinés pour l’occasion.
- La photographie de 1928 qui ouvre cet article : la maison venait d’être terminée, et l’agence Rol l’avait photographiée comme on photographie une curiosité.
- L’angle de la place Gérard-Oury, d’où l’on prend la meilleure vue d’ensemble.
La pagode en pratique
Quarante-huit rue de Courcelles, à l’angle de la place Gérard-Oury, dans le 8e arrondissement. Métro Courcelles. Le parc Monceau est à trois minutes à pied, et le quartier mérite le détour pour ses hôtels particuliers. Autre exotisme parisien du même quartier, la statue de la Liberté fut assemblée à quelques rues de là : rue de Chazelles, chez le fondeur Gaget.
Le saviez-vous ?
La pagode a longtemps servi d’argument de vente : montrer un bronze des Zhou dans un salon Louis-Philippe n’a pas le même effet que de le présenter sous un plafond de laque. C. T. Loo avait compris avant tout le monde que le décor fait partie de l’objet, leçon que les maisons de luxe parisiennes appliquent depuis dans leurs boutiques.
Au 48 rue de Courcelles, à l’angle de la place Gérard-Oury, dans le 8e arrondissement, tout près du parc Monceau. Métro Courcelles.
Le bâtiment abrite une galerie privée d’art asiatique. Il n’est pas ouvert en permanence au public mais accueille des expositions et des événements, et se laisse admirer de la rue.
Le marchand et collectionneur d’art asiatique Ching Tsai Loo, qui fit transformer en 1925 et 1926 un hôtel particulier classique en pagode, avec l’architecte Bloch. L’édifice est inscrit aux monuments historiques.
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