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SECRET PARISIEN

Paris, le lundi 14 septembre 2026

Tour Eiffel

La TSF sauve la tour Eiffel

Le poste de TSF souterrain du Champ-de-Mars, opérateur au casque sous la tour Eiffel, dessin d'époque
Dessin de presse d’époque, domaine public, via Wikimedia Commons

Sans une poignée de fils tendus vers le Champ-de-Mars, la tour aurait été ferraillée vers 1910. L’histoire tient en une formule : la TSF sauve la tour Eiffel. Premier acte le 5 novembre 1898, quand Eugène Ducretet établit depuis le sommet la première liaison hertzienne parisienne, quatre kilomètres à vol d’onde jusqu’au Panthéon. Second acte en 1903 : le capitaine Gustave Ferrié veut relier les places fortes par télégraphie sans fil, mais l’état-major, qui jure encore par les signaux optiques et les pigeons voyageurs, ne finance pas. C’est Gustave Eiffel qui paie de sa poche l’antenne du capitaine : il sait que l’utilité militaire est la meilleure assurance-vie de son monument.

Une histoire : des pigeons voyageurs au radiogramme de la victoire

Le pari de Ferrié dépasse les espérances : dès 1907, la TSF de la tour porte jusqu’à Bizerte, bientôt jusqu’en Amérique, et en 1912 elle émet vers le monde entier ; l’antenne, faite de longs brins tendus du sommet à des pylônes d’amarrage du Champ-de-Mars, dessert un poste enterré sous l’esplanade, casemate de bois et de terre où veillent les opérateurs au casque. La démonstration stratégique emporte tout : la concession de la tour, qui expirait fin 1909, est prorogée de soixante-dix ans. La Grande Guerre transforme l’antenne en arme : goniométrie, interceptions, dont les fameux messages qui aidèrent à la victoire de la Marne en 1914, et, en juin 1918, le « radiogramme de la victoire » décrypté par Georges Painvin, qui révéla l’axe de l’offensive allemande.

La paix venue, la tour se fait tour de Babel des ondes : signal horaire international pour les navires, service de l’heure et de la météo, puis, en 1921, une station de radiodiffusion publique inaugurée en fanfare par Sacha Guitry et Yvonne Printemps aux côtés du général Ferrié, Radio Tour Eiffel, dont la première réclame française pour poste de TSF paraît dans la presse. La suite est affaire d’images : le 8 novembre 1935, un émetteur de télévision à 180 lignes s’installe au sommet, les programmes réguliers suivent en 1937, et l’antenne de la vieille dame n’a plus jamais cessé d’arroser Paris, radio puis télévision, jusqu’à la TNT d’aujourd’hui.

La TSF sauve la tour Eiffel, date par date

  • 5 novembre 1898 : Ducretet relie la tour au Panthéon, première liaison hertzienne au-dessus de Paris.
  • 1903-1912 : Ferrié installe l’antenne payée par Eiffel ; portée mondiale en neuf ans, poste souterrain sous le Champ-de-Mars.
  • 1910 : la concession est prorogée de soixante-dix ans, la démolition est enterrée avec le poste.
  • 1914-1918 : la Marne, puis le radiogramme de la victoire ; 1921 : Radio Tour Eiffel ; 1935 : la télévision au sommet.

Sur l’esplanade de la tour Eiffel, rien ne signale plus la casemate enfouie de Ferrié, mais le sommet hérissé d’antennes raconte la suite : c’est grâce à elles que la silhouette culmine aujourd’hui à 330 mètres. Le buste du général Ferrié, au pied du pilier ouest, reçoit depuis 1949 l’hommage discret des radioamateurs du monde entier.

Le saviez-vous ?

Pendant l’Occupation, l’antenne changea de camp mais pas de vocation : la Wehrmacht réserva la tour à ses transmissions, tandis que ses ascenseurs restèrent mystérieusement en panne quatre ans durant, obligeant les occupants à grimper à pied. À la Libération d’août 1944, un drapeau français cousu de trois draps réapparut au sommet, et les transmissions alliées prirent la relève au troisième étage : la plus grande antenne de France n’aura servi l’ennemi qu’à contrecœur, et jamais en ascenseur.

Pourquoi la tour Eiffel devait-elle être détruite ?

La convention de 1887 prévoyait une concession de vingt ans : fin 1909, la tour revenait à la Ville de Paris, démolition envisagée comme pour le reste de l’Exposition. Les expériences de TSF menées par Ferrié depuis 1903 la rendirent stratégique et firent proroger la concession de soixante-dix ans.

Qu’est-ce que le radiogramme de la victoire ?

Un message allemand chiffré, intercepté grâce à l’antenne de la tour et décrypté en juin 1918 par le cryptographe Georges Painvin : il révéla l’axe de l’offensive ennemie et contribua à la contre-attaque victorieuse. Dès 1914, les interceptions de la tour avaient aidé à la victoire de la Marne.

Quand la radio publique a-t-elle commencé depuis la tour ?

En 1921, avec Radio Tour Eiffel, inaugurée par Sacha Guitry et Yvonne Printemps aux côtés du général Ferrié ; la télévision suivit dès le 8 novembre 1935 avec un émetteur de 180 lignes installé au sommet.

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