Les illuminations de la tour Eiffel, du gaz au scintillement
La tour n’a jamais connu une seule nuit d’anonymat. Dès 1888, avant même l’achèvement, on tire des feux d’artifice depuis le deuxième étage ; à l’ouverture de 1889, dix mille becs de gaz dessinent ses arêtes et un phare tricolore balaie Paris depuis le campanile. Les illuminations de la tour Eiffel sont nées avec elle, et chaque époque les a réinventées : électricité dès l’Exposition de 1900, lustre géant en 1937, or au sodium en 1985, scintillement du passage à l’an 2000. Trois cents mètres de fer, soit la plus grande enseigne du monde : il fallait bien que la lumière s’en mêle.
Une histoire : quand la tour s’appelait Citroën
L’épisode le plus extravagant commence en 1925 : André Citroën loue la tour au magicien des lumières Fernand Jacopozzi et y fait monter la plus grande publicité jamais allumée, deux cent cinquante mille lampes en six couleurs, neuf tableaux animés, comètes, zodiaque, et pour finir le nom CITROËN en lettres verticales de trente mètres, lisibles à des dizaines de kilomètres. Lindbergh racontera avoir été guidé vers Le Bourget, en mai 1927, par cette colonne de feu. La Ville, mi-éblouie mi-agacée, multiplie la taxe par six dès 1926 ; l’enseigne tient jusqu’en 1933, quand la crise éteint les ambitions de la marque. La tour aura été, huit ans durant, la plus haute réclame de la planète.
Suivent les métamorphoses du bon goût : en 1937, André Granet suspend sous les arcs un lustre monumental pour l’Exposition des arts et techniques ; en 1958, des projecteurs en fosse éclairent la silhouette depuis les jardins ; le 31 décembre 1985 enfin, l’éclairage signé Pierre Bideau change tout, 352 projecteurs au sodium logés dans la charpente, qui dorent la dentelle de l’intérieur. C’est cette robe dorée que le monde connaît, complétée pour l’an 2000 par un phare tournant, clin d’œil au faisceau de 1889, et par les milliers de lampes à éclats du scintillement, si aimé qu’il fut pérennisé en 2003 : cinq minutes de paillettes au début de chaque heure de la nuit.
Les illuminations de la tour Eiffel, année par année
- 1889 : dix mille becs de gaz et un phare bleu-blanc-rouge ; l’électricité prend le relais dès 1900.
- 1925-1933 : l’enseigne Citroën de Jacopozzi, 250 000 lampes, neuf tableaux et un nom en lettres de trente mètres.
- 1937 : le lustre d’André Granet sous les arcs ; 1958 : les projecteurs en fosse du Champ-de-Mars.
- 31 décembre 1985 : l’or au sodium de Pierre Bideau ; an 2000 : phare tournant et scintillement, pérennisé en 2003.
Le spectacle se prend idéalement depuis l’esplanade du Trocadéro au premier scintillement de la nuit, puis au pied de la tour Eiffel pour la contre-plongée dans la dentelle dorée. Les couche-tard noteront que la parure s’éteint désormais plus tôt, sobriété oblige : la belle a appris à compter ses watts sans rien perdre de son effet.
Le saviez-vous ?
Le scintillement doit sa magie à une armée de petites lampes à éclats posées une à une par des alpinistes sur toute la charpente, programmées pour crépiter indépendamment : aucun dessin, aucun message, juste un champagne de lumière. Détail de juriste pour finir : l’éclairage nocturne actuel est une œuvre protégée, si bien que sa photographie commerciale requiert une autorisation. La tour de nuit appartient à tous les regards, mais pas à toutes les cartes postales.
Par dix mille becs de gaz soulignant ses arêtes, complétés d’un phare aux faisceaux bleu, blanc et rouge au sommet ; des feux d’artifice étaient déjà tirés du deuxième étage dès 1888. L’électricité prit le relais lors de l’Exposition de 1900.
Une publicité lumineuse géante installée par Fernand Jacopozzi pour André Citroën de 1925 à 1933 : environ 250 000 lampes en six couleurs, neuf tableaux animés et le nom de la marque en lettres verticales de trente mètres.
Du passage à l’an 2000, en complément de l’éclairage doré de 1985 signé Pierre Bideau : plébiscité, le dispositif a été pérennisé en 2003 et brille cinq minutes au début de chaque heure après la tombée de la nuit.
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