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SECRET PARISIEN

Paris, le lundi 14 septembre 2026

Tour Eiffel

La tour Eiffel des artistes, de Seurat à Apollinaire

La Tour Eiffel, tableau pointilliste de Georges Seurat, vers 1889
Georges Seurat, domaine public, via Wikimedia Commons

Les écrivains l’ont insultée avant même sa naissance ; les peintres l’ont vengée. La tour Eiffel des artistes commence dès 1889, quand Georges Seurat, du bout de ses points, la peint encore inachevée, fusée rose et or sur ciel moucheté : le pointilliste voit dans le fer ce que les pétitionnaires refusaient d’y voir, une vibration. Suivront le Douanier Rousseau, qui la glisse dans ses paysages naïfs dès 1890, les photographes primitifs, les affichistes, puis la grande déferlante moderne : la tour devient le motif du vingtième siècle naissant, son clocher laïque, sa signature.

Une histoire : la revanche du fer

Le champion toutes catégories s’appelle Robert Delaunay : trente ans durant, il peint la tour en série, brisée façon cubiste dans les années 1910, triomphante et jaune solaire dans les années 1920, dédiée à sa femme Sonia comme on dédie des sonnets. Autour de lui, tout ce que Paris compte d’avant-gardes s’empare du motif : Chagall la marie aux amoureux volants, Utrillo la pose au bout de ses rues, les futuristes italiens en font un manifeste. Guillaume Apollinaire lui offre en 1918 son plus joli portrait typographique : un calligramme en forme de tour, où les mots dessinent la silhouette, saluant Paris à la pointe de la flèche.

Le cinéma n’est pas en reste : René Clair lui consacre en 1923 son Paris qui dort, où un rayon mystérieux fige la ville entière sauf le gardien du sommet, et la tour devient studio à ciel ouvert pour un siècle de films, de comédies musicales et de génériques. Les photographes en ont fait leur gamme : Kertész sous les arches, les humanistes au Trocadéro, chacun sa tour. Le monument le plus attaqué de 1887 est devenu l’œuvre d’art la plus représentée du monde : la meilleure réponse aux pétitions reste une postérité.

La tour Eiffel des artistes, œuvre par œuvre

  • Seurat, La Tour Eiffel, vers 1889 : la fusée pointilliste peinte avant l’achèvement, aujourd’hui à San Francisco.
  • Le Douanier Rousseau, dès 1890 : la tour en fond de ses autoportraits et paysages naïfs.
  • Robert Delaunay, 1909-1930 : la grande série, du cubisme éclaté aux contre-plongées solaires.
  • Apollinaire, 1918 : le calligramme en forme de tour ; René Clair, 1923 : Paris qui dort, le sommet en vedette.

Le pèlerinage artistique se fait des deux rives : depuis l’esplanade du Trocadéro pour cadrer la tour entière comme Delaunay, puis sous la tour Eiffel même, à l’aplomb des arcs, pour le vertige qui inspira les contre-plongées. Nos histoires de tableaux racontent d’ailleurs par le menu le croquis fondateur de Koechlin, la toile de Seurat et la tour jaune de Delaunay : la rubrique Art de la maison est déjà une petite galerie du Champ-de-Mars.

Le saviez-vous ?

Jean Cocteau maria la tour au music-hall dès 1921 dans Les Mariés de la tour Eiffel, spectacle donné sur la plateforme du premier étage transformée en scène de noce burlesque, musique du Groupe des Six. Quant au calligramme d’Apollinaire, il fut composé en pleine guerre comme un salut au drapeau de fer : le poète qui avait inventé le mot surréalisme offrait à la tour son plus bel uniforme, taillé dans les lettres mêmes de son nom.

Quels grands peintres ont représenté la tour Eiffel ?

Seurat dès 1889, le Douanier Rousseau à partir de 1890, puis Robert Delaunay et sa série de plus de trente toiles, Chagall, Utrillo et les avant-gardes du vingtième siècle : la tour est devenue le motif moderne par excellence.

Qu’est-ce que le calligramme d’Apollinaire ?

Un poème de 1918 dont les vers, disposés en forme de tour Eiffel, dessinent la silhouette du monument sur la page : l’un des plus célèbres poèmes-images de la littérature française, écrit en salut au Paris de la guerre.

Quel fut le premier film consacré à la tour ?

Parmi les pionniers, Paris qui dort de René Clair, tourné en 1923 : un savant fou immobilise Paris entier, seuls veillent le gardien de la tour et une poignée de voyageurs. La tour y tient déjà le premier rôle.

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