Le nom sonne comme un titre, il cache un métier : Lefèvre signifie « le forgeron ». La famille d’Ormesson, de son nom complet Lefèvre d’Ormesson, est une famille de robe parisienne anoblie par charge en 1553. Elle a donné à la France des magistrats, des intendants, des ambassadeurs et des académiciens, dont le plus célèbre, Jean d’Ormesson, a porté ce nom jusque sur les plateaux de télévision.
Une histoire : la famille d’Ormesson, du greffe au château
La filiation suivie remonte à Jean Le Fèvre, commis au greffe civil du Parlement de Paris, dont la veuve apparaît dans un acte de 1530. Leur fils Olivier achète en 1554 la terre et la maison d’Ormesson, près d’Épinay-sur-Seine, et en prend le nom. Président en la Chambre des comptes, il y reçoit trois fois le roi Henri III, meurt en 1600 d’une chute de cheval, à soixante-quatorze ans, et repose dans l’église des Minimes de Chaillot.
Son mariage, en 1559, avec Anne d’Alesso, petite-nièce de saint François de Paule, installe un prénom dans la famille : Jean d’Ormesson s’appelait encore Jean Bruno Wladimir François-de-Paule. Le nom change ensuite de lieu. En 1604, André d’Ormesson épouse Anne Le Prévost, qui lui apporte la terre d’Amboile ; la famille y bâtit un château qui prend le nom d’Ormesson. Le domaine devient marquisat en 1758, et le village d’Amboile, devenu Ormesson, prend en 1927 le nom d’Ormesson-sur-Marne.
Olivier III, l’honneur d’un juge
Le plus admiré des d’Ormesson est Olivier III, né en 1616 et mort en 1685. Maître des requêtes, intendant en Picardie, il est juge et rapporteur du procès du surintendant Nicolas Fouquet, de 1662 à 1664. Il refuse la peine de mort réclamée, et on lui prête cette réponse aux envoyés du roi : « la Cour rend des arrêts, non des services ». Il perd dès 1664 son intendance, et le roi ne lui accorde jamais la place de conseiller d’État qui lui était promise.
Retiré au château d’Ormesson, il y reçoit Madame de Sévigné, sa parente, Racine, Boileau, La Fontaine et Bossuet ; Le Nôtre y dessine le parc à sa demande. Il laisse un Journal commencé en 1643, et un traité, L’Art d’orner les jardins, écrit avec le magistrat Guillaume de Lamoignon.
Les d’Ormesson dans Paris
- La rue d’Ormesson, dans le 4e arrondissement : 95 mètres ouverts en 1788 sur l’ancien couvent Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, au nom d’Henri Le Fèvre d’Ormesson, contrôleur des Finances.
- Aux numéros 5 et 7 de cette rue, des façades concaves dessinent encore en creux la croisée du transept de l’ancienne église Sainte-Catherine.
- Les Archives nationales, qui conservent sous la cote 144 AP une partie des archives du château d’Ormesson, confiées en 1959 par Wladimir d’Ormesson.
- L’Académie française, où Wladimir d’Ormesson occupe le fauteuil 13 jusqu’à sa mort, le 15 septembre 1973 ; un mois plus tard, son neveu Jean est élu au fauteuil 12.
- Le 97 rue du Bac, où Jean d’Ormesson vit chez ses parents jusqu’à son mariage, dans un hôtel particulier de 1722.
Le saviez-vous ?
Le portrait gravé d’Olivier III qui illustre cet article, dû à Antoine Masson, appartient aux collections du château de Vaux-le-Vicomte, le château de Nicolas Fouquet. Le juge qui a sauvé la tête du surintendant est donc conservé chez l’homme qu’il a refusé de condamner à mort. Les armes de la famille, trois lis de jardin sur fond d’azur, portent une devise latine : Grande decus gentis lilia semper erunt, les lis seront toujours la grande gloire de la famille.
D’une seigneurie près d’Épinay-sur-Seine achetée en 1554 par Olivier Le Fèvre, qui en prend le nom. Il passe ensuite au château d’Amboile, et le village devient Ormesson-sur-Marne en 1927.
Rapporteur du procès de 1662 à 1664, Olivier III Lefèvre d’Ormesson refuse la peine de mort réclamée contre le surintendant, ce qui lui vaut une disgrâce durable.
Dans le 4e arrondissement, entre la rue de Turenne et la rue de Sévigné. Ouverte en 1788, elle porte le nom du contrôleur des Finances Henri Le Fèvre d’Ormesson.
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