La tour Eiffel et l’Exposition de 1889
Le 31 mars 1889, Gustave Eiffel grimpe les 1 710 marches de sa tour et hisse lui-même le drapeau tricolore sur le mât du sommet : il est décoré de la Légion d’honneur dans la foulée, à 300 mètres au-dessus de Paris. Six semaines plus tard s’ouvre l’Exposition de 1889, organisée pour le centenaire de la Révolution : du 6 mai au 31 octobre, 173 jours durant, le Champ-de-Mars devient la vitrine du monde, et sa porte d’entrée est une tour de fer que l’on aperçoit de partout. Près de deux millions de curieux montent la voir de près : la plus haute construction humaine jamais élevée vient de devenir, d’un coup, le monument le plus célèbre de la planète.
Une histoire : six semaines d’avance et deux millions de curieux
La tour ouvre au public le 15 mai, avec une semaine de retard sur l’Exposition, et un détail savoureux : les ascenseurs ne sont pas prêts. Qu’importe : la première semaine, près de 29 000 visiteurs font l’ascension à pied, par les escaliers, jusqu’à ce que les machines prennent le relais. À la clôture, le compte est vertigineux pour l’époque : environ 1 953 000 entrées à la tour, soit 6 pour cent des 32 millions d’entrées de l’Exposition, plus de 11 000 ascensions par jour en moyenne. L’ingénieur Victor Contamin, chargé du contrôle des constructions métalliques, avait donné le ton dès l’inauguration : le drapeau de 89 méritait un grand piédestal, celui-ci mesure trois cents mètres.
Sur place, la tour est une petite ville verticale : au premier étage, un restaurant français, un restaurant russe, un bar anglo-américain et même une salle de spectacle de 250 places ; au deuxième, boutiques de souvenirs, buvette et l’imprimerie d’où sort chaque jour une édition spéciale du Figaro, composée et tirée dans le ciel ; au troisième, derrière les vitres, Paris à perte de vue, et au niveau supérieur le bureau de Gustave Eiffel flanqué de trois laboratoires. Le soir, dix mille becs de gaz dessinent l’édifice, et deux faisceaux balaient la ville depuis le campanile : personne n’a jamais rien vu de pareil.
Ce que l’Exposition de 1889 a laissé au Champ-de-Mars
- La tour elle-même, seule survivante monumentale du grand chantier du centenaire, avec les serres du parc voisin.
- Le souvenir de la galerie des Machines, cathédrale de fer démontée en 1910, dont la travée de 115 mètres stupéfia les ingénieurs du monde entier.
- Les pavillons des nations et le Palais des colonies, disparus, dont les photochromes gardent les couleurs.
- Les chiffres du vertige : 1 710 marches, 6 semaines de queue, 11 000 ascensions par jour.
Pour retrouver ce Paris de 1889, montez d’abord sur la tour Eiffel au premier étage, côté frise dorée, puis regagnez l’esplanade du Trocadéro : c’est de là que les photographes de 1889 cadraient la tour au-dessus des fontaines, et la perspective n’a pas pris une ride.
Le saviez-vous ?
La convention signée le 8 janvier 1887 entre Gustave Eiffel, l’État et la Ville de Paris prévoyait que l’ingénieur exploiterait sa tour vingt ans, jusqu’au 31 décembre 1909, après quoi elle reviendrait à la Ville, promise à la démolition comme presque tout le Champ-de-Mars de 1889. Si le monument est toujours là, ce n’est donc pas grâce à l’Exposition qui l’a fait naître, mais grâce à la science qui l’a rendu indispensable : c’est une autre histoire de notre feuilleton, celle de l’antenne qui sauva la tour.
Le 31 mars 1889 : Gustave Eiffel hisse le drapeau français au sommet et reçoit la Légion d’honneur. L’Exposition universelle ouvre le 6 mai, et la tour accueille ses premiers visiteurs le 15 mai 1889, escaliers seuls en service la première semaine.
Environ 1 953 000 entrées à la tour entre le 15 mai et le 31 octobre 1889, soit à peu près 6 pour cent des 32 millions d’entrées de l’Exposition et une moyenne dépassant 11 000 visiteurs par jour.
Au premier étage, restaurants français et russe, bar anglo-américain et salle de spectacle ; au deuxième, boutiques et imprimerie du Figaro ; au sommet, le bureau de Gustave Eiffel et trois laboratoires scientifiques, ainsi que le phare et l’éclairage au gaz.
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