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SECRET PARISIEN

Paris, le jeudi 17 septembre 2026

8e Arrt
rueJean-Mermoz
Bars 8e arrondissement

Gentlemen 1919

11 rue Jean-Mermoz, 75008 Paris

Un immeuble de la rue Jean-Mermoz, dans le 8e arrondissement de Paris
Thomon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

À première vue, c’est un salon de coiffure, et il a pignon sur rue. C’est la maison qui le dit : au fond du salon, derrière une porte dérobée, se cache un véritable bar à cocktails, complété par un fumoir. De tous les bars que les guides appellent cachés, Gentlemen 1919 est l’un des rares à mériter l’appellation au sens strict, avec un dispositif réel et non une simple ambiance.

Gentlemen 1919, et une date bien datée mal expliquée

Le nom renvoie à la prohibition américaine, et la maison en donne l’explication sur son propre site : le 28 octobre 1919, écrit-elle, la Constitution des États-Unis aurait entériné l’établissement de la prohibition. La date est exacte, l’explication ne l’est pas. Ce jour-là, le Congrès adopta le Volstead Act, la loi d’application, en passant outre le veto du président Woodrow Wilson.

La Constitution, elle, avait fait son travail bien plus tôt : le dix-huitième amendement fut ratifié en janvier 1919, et la prohibition n’entra en vigueur qu’en janvier 1920. Une loi d’application n’est pas un amendement, et le Congrès n’est pas la Constitution. L’erreur est vénielle, mais elle figure dans la communication de la maison, ce qui est plus rare.

Une rue qui s’appelait Montaigne

L’adresse a sa propre histoire, et elle est jolie. La rue Jean-Mermoz, trois cent six mètres de long sur dix mètres soixante de large, dans le 8e arrondissement, a été ouverte en l’an III. Elle s’appelait alors rue Montaigne. Un arrêté du 4 février 1937 l’a rebaptisée en l’honneur de Jean Mermoz, l’aviateur de l’Aéropostale, disparu en mer l’année précédente.

  • La rue va du rond-point des Champs-Élysées au 95 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.
  • Elle traverse les quartiers du Faubourg-du-Roule et de la Madeleine.
  • Sa voisine, la rue La Boëtie, porte le nom de l’ami de Montaigne : le fichier des voies de la Ville précise que ce nom rappelle le voisinage de l’ancienne rue Montaigne.
  • La rue a donc perdu son écrivain et gardé son ami, ce qui est une élégance involontaire de la voirie.
  • Le bar et les fumoirs ouvrent tous les jours sauf le dimanche.
  • La réservation est demandée, pour le barbier comme pour le bar.

Trois métiers sous un même toit

La maison réunit un barbier-coiffeur, un bar à cocktails et un fumoir avec cave à cigares, chacun avec ses propres horaires. Le salon ouvre à dix heures, ferme à vingt heures le lundi et le samedi, à vingt-deux heures du mardi au vendredi. Le bar et les fumoirs vont jusqu’à deux heures du matin en semaine et le samedi, minuit le lundi.

Le parti pris décoratif est celui des clubs anglais, et la société qui exploite la maison est immatriculée depuis janvier 2016 en débits de boissons, sous un nom de jeu de cartes. Le pied de page du site porte une mention de l’année en cours, ce qui, dans ce métier, est déjà un signe de bonne santé.

Le saviez-vous ? Le barbier comme couverture, une tradition

Le dispositif n’est pas une invention de décorateur. Pendant la prohibition, les bars clandestins américains se dissimulaient derrière des commerces parfaitement légaux, et le salon de coiffure figurait, avec le magasin de farces et le fleuriste, parmi les façades les plus employées. Reproduire le stratagème un siècle plus tard, dans le 8e arrondissement parisien, relève de la citation.

Le quartier s’y prête. Le théâtre des Champs-Élysées est à dix minutes, l’avenue des Champs-Élysées à deux pas, et ce morceau du 8e concentre depuis un siècle les adresses qui préfèrent la discrétion à l’enseigne lumineuse.

Pourquoi ce nom de 1919 ?

La maison explique que la Constitution américaine aurait entériné la prohibition le 28 octobre 1919. La date est bonne, l’explication ne l’est pas : c’est celle du vote du Volstead Act, la loi d’application, adoptée contre le veto du président. Le dix-huitième amendement, lui, avait été ratifié en janvier 1919.

Comment entre-t-on dans le bar ?

Par le salon de coiffure, qui a pignon sur rue, puis par une porte dérobée au fond. La maison le décrit ainsi elle-même. Aucun mot de passe n’est publié, mais la réservation est demandée, pour le barbier comme pour le bar.

Quels sont les horaires ?

Le bar et les fumoirs ouvrent le lundi de midi à minuit, du mardi au vendredi de 10 heures à 2 heures, le samedi de midi à 2 heures. Fermé le dimanche. Le salon de coiffure suit d’autres horaires, plus courts.

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