Le 5 janvier 1875, le nouvel Opéra de Paris est inauguré par le président Mac-Mahon. Son architecte, Charles Garnier, à qui l’on reproche sa proximité avec le Second Empire, doit ce soir-là payer sa place. Il a quarante-neuf ans, il vient de consacrer quatorze années de sa vie au bâtiment, et Paris l’appellera bientôt par son nom.
Une histoire : Charles Garnier, de la rue Mouffetard à Rome
Jean Louis Charles Garnier naît à Paris le 6 novembre 1825, rue Mouffetard, dans l’actuel 5e arrondissement, et non à Saint-Calais, dans la Sarthe, comme l’a longtemps répété une tradition écrite : enfant, il y passait ses vacances chez sa grand-mère. De retour à Paris en 1838, il suit les cours de l’école de dessin de la rue de l’École-de-Médecine, aujourd’hui l’École nationale supérieure des arts décoratifs.
Il se forme chez l’architecte Hippolyte Le Bas et, à partir de 1842, à l’École des beaux-arts, rue Bonaparte. En 1848, il obtient le premier grand prix de Rome d’architecture. Pensionnaire de la villa Médicis du 17 janvier 1849 au 31 décembre 1853, il parcourt l’Italie, visite la Grèce avec Edmond About et Constantinople avec Théophile Gautier.
L’Opéra, quatorze ans de chantier
En 1860, Napoléon III lance le concours d’un nouvel opéra. Garnier le remporte en 1861, puis part étudier les grandes salles d’Europe, l’espacement des sièges, l’acoustique et les lustres. Le chantier s’ouvre en août 1861. Le terrain est marécageux : il faut sept mois pour pomper la nappe phréatique. Les immeubles voisins montent plus vite que l’Opéra, et Garnier ajoute un attique pour que la façade garde sa majesté.
Les travaux traînent, faute de crédits, jusqu’à l’incendie de l’opéra de la rue Le Peletier, en 1873 : on travaille alors jour et nuit. La photographie de cet article, prise vers 1870 par Louis-Émile Durandelle, montre Garnier dans l’agence, au milieu de ses dessinateurs. L’édifice se visite aujourd’hui : c’est le Palais Garnier, dont la bibliothèque-musée garde la mémoire des spectacles, et dont l’histoire est racontée dans l’article consacré à l’Opéra Garnier.
Les autres Garnier
- À Monte-Carlo, la salle de concert et le casino commandés en 1876 par François Blanc, président de la Société des bains de mer, livrés en 1879 et 1881, voisins de l’Hôtel Hermitage.
- À Paris, le Cercle de la librairie, au 117 boulevard Saint-Germain, et l’immeuble de la famille Hachette, au 195.
- À Nice, l’observatoire du Mont-Gros, achevé en 1887, dont l’ingénieur Gustave Eiffel conçoit la coupole.
- À Bordighera, en Italie, sa villa, une église et l’école devenue mairie.
- Au Père-Lachaise, le tombeau de Georges Bizet, et au cimetière de Montmartre, ceux de Victor Massé et de Charles Odin.
Le saviez-vous ?
Le 14 février 1887, le journal Le Temps publie la protestation des artistes contre la tour de Gustave Eiffel. Charles Garnier est à la tête de ce « comité des trois cents », aux côtés de Gounod, de Massenet et de Maupassant. Détail savoureux : Garnier avait siégé à la commission qui avait examiné les projets de tour, sans soulever la moindre objection. Deux ans plus tard, pour l’Exposition de 1889, Garnier construit au pied de la tour Eiffel l’Histoire de l’habitation humaine, un ensemble de quarante-quatre maisons. Il meurt le 3 août 1898 au 90 boulevard Saint-Germain et repose au cimetière du Montparnasse.
À Paris, rue Mouffetard, dans l’actuel 5e arrondissement, le 6 novembre 1825, et non à Saint-Calais, dans la Sarthe, comme on l’a longtemps écrit.
Le 5 janvier 1875, par le président Mac-Mahon. Le chantier avait commencé en août 1861.
Oui. Il mène en 1887 le comité des artistes qui publie une protestation contre la tour dans Le Temps, avant de construire au pied de celle-ci l’Histoire de l’habitation humaine pour l’Exposition de 1889.
Dans la même rubrique
Paris
Le bunker oublié qui sommeille sous l’Hôtel de Ville
15 septembre 2026
La tour Eiffel des artistes, de Seurat à Apollinaire
13 septembre 2026
Les couleurs de la tour Eiffel, une garde-robe de fer
13 septembre 2026
Les illuminations de la tour Eiffel, du gaz au scintillement
13 septembre 2026
La TSF sauve la tour Eiffel
13 septembre 2026
La tour Eiffel, laboratoire géant
13 septembre 2026
L’appartement secret de Gustave Eiffel, à 285 mètres
13 septembre 2026
Les 72 savants inscrits en lettres d’or sur la tour
13 septembre 2026