Au-dessus d’une porte du 72 rue de Belleville, une plaque de pierre assure qu’Édith Piaf est née « sur les marches de cette maison », le 19 décembre 1915, « dans le plus grand dénuement ». L’acte de naissance dit autre chose : l’enfant voit le jour à la maternité de l’hôpital Tenon, rue de la Chine, et le 72 n’est que le domicile de ses parents. La légende a gagné la façade, et personne ne l’a jamais décrochée.
Une histoire : Édith Piaf, du trottoir aux Champs-Élysées
Fille d’un acrobate et d’une chanteuse, la petite Gassion chante d’abord dans la rue. En 1933, elle habite un an au 5 rue Crespin-du-Gast, dans le 11e, l’adresse même où un musée lui est aujourd’hui consacré. Deux ans plus tard, en octobre 1935, un patron de cabaret l’entend à l’angle de la rue Troyon et de l’avenue Mac-Mahon, dans le 17e. Il s’appelle Louis Leplée, dirige le Gerny’s, rue Pierre-Charron, l’engage et la baptise « la môme Piaf ».
L’aventure s’arrête net en 1936, quand Leplée est assassiné. Tout est à reconstruire. En 1937, sur les planches de l’ABC, dans le 2e arrondissement, la môme devient Édith Piaf. Le nom restera, la silhouette aussi : une toute petite femme en robe noire et une voix qui remplit la salle.
Édith Piaf et l’Olympia, l’histoire d’un sauvetage
Après la guerre, ses adresses suivent ses amours. Fin 1945, elle vit avenue Marceau avec Yves Montand. Au temps de Marcel Cerdan, mort le 28 octobre 1949 dans la catastrophe aérienne des Açores, c’est un hôtel particulier du 7 rue Leconte-de-Lisle, toujours dans le 16e. En 1953, elle s’installe au 67 boulevard Lannes, qu’elle ne quittera plus.
Sa salle, c’est l’Olympia. Elle y chante dès 1955 et s’y lie avec son directeur, Bruno Coquatrix. À l’automne 1960, la maison frôle la faillite : faute des semaines annulées par Gilbert Bécaud, on y a improvisé un spectacle de cirque qui a tourné au désastre. Le 20 octobre, boulevard Lannes, Charles Dumont et Michel Vaucaire viennent jouer à Piaf une chanson toute neuve, « Non, je ne regrette rien ». Enregistrée le 10 novembre, révélée par la télévision le 2 décembre dans Cinq colonnes à la une, elle porte la série de récitals qui s’ouvre le 29 décembre et remet l’Olympia à flot.
Le Paris d’Édith Piaf, ce qu’on peut voir aujourd’hui
- La plaque du 72 rue de Belleville, au-dessus de la porte d’entrée, avec sa version des marches que l’état civil dément.
- Le musée Édith-Piaf, 5 rue Crespin-du-Gast, fondé en 1978 par Bernard Marchois et l’association des Amis d’Édith Piaf : il ouvre sur rendez-vous, et son site annonce la retraite du fondateur.
- L’Olympia, au 28 boulevard des Capucines, toujours en activité, où les récitals de l’hiver 1960 ont sauvé la salle.
- La place Édith-Piaf, dans le 20e, baptisée par un arrêté municipal du 30 août 1978, avec sa statue en bronze de Lisbeth Delisle.
- La fresque de neuf mètres peinte par Hom Nguyen en 2019 sur la maternité de l’hôpital Tenon, visible depuis la rue Belgrand.
- Sa tombe au cimetière du Père-Lachaise, division 97 : le caveau familial où reposent aussi son père, sa fille Marcelle et Théo Sarapo, son dernier mari.
Le saviez-vous ?
Édith Piaf n’est pas morte à Paris. Elle s’éteint le 10 octobre 1963 à 13 h 10, dans sa maison des Parettes, à Plascassier, sur les hauteurs de Grasse. Son corps est ramené de nuit en ambulance jusqu’au boulevard Lannes, et son médecin, le docteur Claude Bernay de Laval, date le décès du lendemain, 11 octobre, à 7 heures, à Paris. La mise en scène a si bien fonctionné que la nomenclature officielle des voies parisiennes la fait toujours mourir à Paris.
Le 11 octobre, jour de l’annonce, Jean Cocteau meurt à son tour. On a raconté que le poète n’avait pas survécu quelques heures à son amie : un jour les sépare en réalité. Le 14, le cortège quitte le boulevard Lannes pour le Père-Lachaise, salué selon l’INA par un demi-million de personnes le long du parcours et quarante mille personnes dans le cimetière. Son prénom, déjà, était un hommage : Édith, pour Edith Cavell, l’infirmière britannique fusillée par les Allemands le 12 octobre 1915, deux mois avant sa naissance.
D’après son acte de naissance, à la maternité de l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement, le 19 décembre 1915. La plaque du 72 rue de Belleville, domicile de ses parents, entretient la légende d’une naissance sur les marches.
Au cimetière du Père-Lachaise, division 97, dans le caveau de la famille Gassion. Son père, sa fille Marcelle et son dernier mari, Théo Sarapo, y reposent aussi.
Oui, au 5 rue Crespin-du-Gast, dans le 11e, sur rendez-vous. Son fondateur a annoncé sa retraite et un projet de nouveau musée : mieux vaut appeler avant de s’y rendre.
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