Avant lui, la presse se vendait à la sauvette, dans des guérites qui tenaient de la niche à chien. Le 15 août 1857, les premiers kiosques à journaux s’ouvrent sur les Grands Boulevards : de petits pavillons élégants dessinés par Gabriel Davioud, l’architecte d’Haussmann, dômes et frises comprises. Paris venait d’inventer un métier, une silhouette et un mot que le monde entier lui emprunte encore.
Une histoire : des veuves, un baron et des dômes
L’idée est double, urbaine et sociale : embellir les boulevards tout en réservant l’exploitation des kiosques aux veuves de militaires et de petits fonctionnaires, à qui la Ville offre ainsi un gagne-pain honorable. Davioud, qui signe au même moment fontaines et théâtres, dessine un pavillon octogonal coiffé d’un dôme à flèche, assez noble pour l’avenue, assez petit pour le trottoir. Le succès déborde vite les boulevards : le kiosque devient l’un des emblèmes de Paris, peint par les uns, photographié par tous.
Le mobilier a changé plusieurs fois de génération, jusqu’aux kiosques contemporains, mais la fonction et la couleur, ce vert wagon des objets de la Ville, traversent les époques. Les kiosquiers d’aujourd’hui perpétuent, sans le savoir toujours, une charge née d’une pension de veuve.
Ce qu’il faut regarder
- La couronne d’unes et de magazines, accrochée comme une tapisserie quotidienne.
- Le vert de la Ville, commun aux kiosques, colonnes et bancs : une signature.
- Sur les modèles à l’ancienne, le dôme à écailles et la flèche, héritage de Davioud.
- L’heure dorée du matin, quand le kiosque s’ouvre en éventail sur le trottoir.
Où saluer les kiosques à journaux aujourd’hui
Les boulevards restent leur pays natal : des Italiens à Montmartre, chaque carrefour ou presque garde le sien. L’avenue des Champs-Élysées aligne les siens comme des pavillons de revue, et celui de l’avenue Marceau, photographié ci-dessus, prouve que l’espèce se porte bien. Un conseil de flâneur : achetez-y le journal, c’est le billet d’entrée du théâtre de la rue.
Le saviez-vous ?
Le mot kiosque vient du turc köşk, le pavillon de jardin : les Parisiens du Second Empire trouvaient à ces guérites un air d’Orient. Quant aux veuves kiosquières, elles inspirèrent chansons et romans populaires : tenir un kiosque, c’était tenir salon sur le trottoir, et connaître avant tout le monde les nouvelles du matin.
Le 15 août 1857, sur les Grands Boulevards, sous Haussmann : des pavillons dessinés par l’architecte Gabriel Davioud, remplaçant les guérites disparates qui vendaient la presse jusque-là.
La Ville en réserva l’exploitation aux veuves de militaires et de fonctionnaires, pour leur assurer un revenu décent : une œuvre sociale doublée d’une politique d’embellissement des boulevards.
Ils portent le vert traditionnel du mobilier urbain parisien, commun aux colonnes Morris, bancs et fontaines : une couleur choisie au XIXe siècle pour s’accorder aux alignements d’arbres des boulevards.
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