Le 1er septembre 1965, dans la cour Carrée du Louvre, André Malraux prononce l’oraison funèbre de Le Corbusier, mort quelques jours plus tôt pendant sa baignade à Roquebrune-Cap-Martin. Paris offre des obsèques nationales à l’architecte qui avait proposé, quarante ans plus tôt, de reconstruire son centre en tours de soixante étages. Né Charles-Édouard Jeanneret le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, il était devenu français en 1930.
Une histoire : Le Corbusier, de la rue Jacob à la rue de Sèvres
Il découvre Paris en 1908 et loge alors à l’hôtel de l’Orient, rue des Écoles. Il s’installe dans la ville pour de bon en février 1917, au 20 rue Jacob. Le 18 septembre 1924, il ouvre son atelier au 35 rue de Sèvres, dans un ancien couvent du 6e, qu’il ne quittera plus : c’était son lieu de travail, et non son domicile, comme on le lit souvent.
Entre 1923 et 1925, il construit au bout du 16e, square du Docteur-Blanche, deux maisons accolées pour son frère et pour le collectionneur Raoul La Roche. La maison La Roche et sa voisine appartiennent aujourd’hui à la Fondation Le Corbusier, reconnue d’utilité publique en 1968, qui n’a pu acquérir la maison Jeanneret qu’en 1970, grâce à la vente d’un Picasso.
Le Corbusier et le plan Voisin de 1925
En 1925, au pavillon de l’Esprit nouveau inauguré le 18 juillet, il présente le plan Voisin, du nom des constructeurs automobiles qui ont financé le pavillon : reconstruire le centre de Paris sur lui-même, sur soixante étages au lieu de six. Le projet aurait effacé une large part de la rive droite, Marais compris, en ne gardant que quelques monuments. Il ne sera jamais réalisé.
Les commandes, elles, arrivent. La Cité de refuge de l’Armée du salut, 12 rue Cantagrel, dans le 13e, est inaugurée par le président Albert Lebrun le 7 décembre 1933. Le pavillon suisse de la Cité universitaire ouvre en juillet 1933. Pour l’Armée du salut encore, il aménage en 1929 l’asile flottant Louise-Catherine, un chaland de béton armé long de 70 mètres, qui coulera en 2018. De 1931 à 1934, enfin, il construit l’immeuble de la porte Molitor, dont il occupe les deux derniers étages de 1934 à sa mort, à deux pas de la piscine Molitor.
Le Paris de Le Corbusier, ce qu’on peut voir
- L’appartement-atelier du 24 rue Nungesser-et-Coli, restauré en 2017 et 2018, ouvert du jeudi au samedi, sur réservation.
- La maison La Roche, dont l’entrée se fait au 55 rue du Docteur-Blanche, ouverte du mardi au samedi.
- Ces deux sites, avec la maison Jeanneret, font partie du bien inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco le 17 juillet 2016, dix-sept œuvres dans sept pays.
- La Cité de refuge et le pavillon suisse, ouverts lors de visites organisées, et le rez-de-chaussée de la Maison du Brésil, à la Cité universitaire, en accès libre.
- La place Le Corbusier, au carrefour du boulevard Raspail et des rues de Sèvres et de Babylone, à deux pas de l’atelier, baptisée par un arrêté municipal du 22 décembre 1988.
Le saviez-vous ?
L’immeuble de la porte Molitor a une adresse parisienne, mais la base Mérimée du ministère de la Culture le situe à Boulogne-Billancourt : le côté pair de la rue Nungesser-et-Coli marque la limite entre les deux communes. À la Cité de refuge, l’architecte a incliné la façade de quarante centimètres pour loger la crèche sans dépasser le gabarit autorisé.
L’oraison du 1er septembre 1965 réservait une surprise. Malraux y annonce que des architectes grecs ont apporté de la terre de l’Acropole, et que l’Inde, pour qui il avait dessiné Chandigarh, a envoyé de l’eau du Gange. La nomenclature officielle des voies parisiennes, elle, le prénomme encore Charles Edmond, quand il s’appelait Charles-Édouard.
Oui, la Fondation Le Corbusier ouvre l’appartement-atelier du 24 rue Nungesser-et-Coli du jeudi au samedi, sur réservation. L’architecte y a vécu de 1934 à sa mort, en 1965.
Un projet présenté en 1925 au pavillon de l’Esprit nouveau, qui proposait de reconstruire le centre de Paris en tours de soixante étages. Il porte le nom des constructeurs Voisin, qui avaient financé le pavillon, et n’a jamais été réalisé.
Les maisons La Roche et Jeanneret et l’immeuble de la porte Molitor, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, se visitent en partie. La Cité de refuge, le pavillon suisse de la Cité universitaire et la Maison du Brésil complètent le parcours.
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