Au Louvre, on vient voir sa Psyché ranimée par le baiser de l’Amour, et l’on oublie que l’homme lui-même est passé par Paris. Antonio Canova, né en 1757 à Possagno, dans la république de Venise, mort en 1822, est au tournant du siècle le sculpteur le plus célèbre d’Europe. Napoléon le fait venir et lui passe commande sur commande ; en 1815, c’est pourtant Canova qui vient reprendre au Louvre les œuvres saisies en Italie.
Une histoire : Antonio Canova et le Premier consul
En 1802, le Premier consul veut son portrait par Canova. L’ambassadeur de France auprès du pape, François Cacault, est chargé de convaincre un artiste qui n’a guère d’affection pour Bonaparte ; il ne cède qu’aux prières du pape Pie VII et du cardinal Consalvi, inquiets des conséquences d’un refus. Parti de Rome, Canova arrive à Paris le 5 octobre 1802, après deux semaines de route.
Il y retrouve les artistes français qu’il a connus à Rome, Percier, Fontaine, David, Gérard, et c’est au château de Saint-Cloud qu’il modèle le buste du Premier consul. Il repart avant la fin de l’année. Cette même année 1802, François Gérard peint le portrait qui illustre cet article, présenté au Salon de 1808 et acquis par le Louvre en 1843.
Du buste naît une statue colossale, Napoléon en Mars désarmé et pacificateur, un nu héroïque de marbre achevé en 1806. Elle arrive à Paris en 1811, mais l’Empereur refuse de l’exposer ; on lui prête le mot « trop athlétique ». En 1814, elle attend encore, cachée derrière une toile. Canova sculpte aussi Madame Mère et Pauline Borghèse en Vénus Victrix, et tente en 1810, lors d’un entretien avec Napoléon, de lui expliquer sa démarche, sans le convaincre.
Ce que Paris garde de lui
- Au musée du Louvre, aile Denon, galerie Michel-Ange : Psyché ranimée par le baiser de l’Amour, sculptée de 1787 à 1793, entrée au musée en 1824.
- Au même musée, L’Amour et Psyché debout, le second groupe, sculpté de 1796 à 1800.
- Le portrait peint par François Gérard en 1802, également au Louvre, parmi les peintures de David et de ses élèves.
- Au cimetière du Montparnasse, une copie de la Psyché veille sur la tombe Lesieutre-Kirsz, surprise pour qui se promène entre les allées.
1815, le retour au Louvre
La dernière visite est la plus politique. En 1815, après Waterloo, Pie VII fait de Canova son ministre plénipotentiaire, chargé de négocier le retour des œuvres d’art italiennes saisies par les armées de Napoléon. Au Louvre, le directeur Vivant Denon résiste. Canova fait emballer et expédier une centaine d’œuvres, dont l’Apollon du Belvédère, mais doit laisser derrière lui des pièces trop grandes ou introuvables, dont Les Noces de Cana de Véronèse, toujours au Louvre. Pour le récit de la Psyché elle-même, on peut lire l’article consacré au chef-d’œuvre.
Le saviez-vous ?
La statue de Napoléon en Mars, refusée par son modèle, n’est jamais revenue en France. En 1816, le gouvernement britannique la rachète pour 66 000 francs, somme que le Louvre emploie à réaménager ses antiquités, et le prince régent l’offre au duc de Wellington. Elle se dresse depuis au pied de l’escalier d’Apsley House, à Londres : le vainqueur de Waterloo a donc vécu avec Napoléon nu dans son vestibule.
En octobre 1802, à l’invitation du Premier consul, pour modeler son buste à Saint-Cloud. Appelé plusieurs fois par Napoléon, il revient en 1815 comme envoyé du pape pour récupérer les œuvres saisies en Italie.
Au musée du Louvre, aile Denon, où sont exposés Psyché ranimée par le baiser de l’Amour et L’Amour et Psyché debout.
On lui prête le mot trop athlétique. En 1811, il préférait l’image du législateur au travail à celle du héros nu ; la statue resta cachée, puis fut vendue au Royaume-Uni en 1816.
Dans la même rubrique
Art
Dargaud : la statue de la Liberté rue de Chazelles
14 septembre 2026
Renoir : Le Pont-Neuf
29 août 2026
Pissarro : Avenue de l’Opéra, effet de neige
21 août 2026
Van Gogh : Le Moulin de la Galette
17 août 2026
Monet : La Gare Saint-Lazare
16 août 2026
Hubert Robert : la démolition des maisons du pont Notre-Dame
10 août 2026
Caillebotte : Rue de Paris, temps de pluie
7 août 2026
Monet : La Rue Montorgueil, la fête du 30 juin 1878
6 août 2026