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SECRET PARISIEN

Paris, le jeudi 17 septembre 2026

Paris

Les heurtoirs de Paris, la collection d’Eugène Atget

Heurtoir de bronze orné d'une figure féminine et d'un mascaron, au 18 avenue Montaigne, photographié par Eugène Atget vers 1901
Eugène Atget, musée Carnavalet, CC0 Paris Musées, via Wikimedia Commons

Avant la sonnette, l’interphone et le digicode, on frappait. Les heurtoirs de Paris en gardent la mémoire sur les portes cochères des vieux hôtels : une tête de lion, un anneau, parfois une figure entière, fondue dans le bronze. Au début du XXe siècle, un photographe les a collectionnés, rue par rue, comme d’autres collectionnent les timbres.

Une histoire : les heurtoirs de Paris, du marteau à l’anneau

Le heurtoir, qu’on appelle aussi marteau de porte, se fixe à hauteur d’homme sur la face extérieure d’une porte. Une partie articulée vient frapper le reste de l’objet ou le bois, et le bruit prévient la maison. Les premiers semblent avoir été de petits maillets suspendus ; au XVIe siècle, les portes d’hôtels et de maisons adoptent l’anneau ou la boucle, lestés d’un poids. Le professeur allemand Franz Sales Meyer distinguait trois familles : l’anneau, le marteau et la figure, animal ou personnage. Une petite figurine de bronze posée sur l’objet porte même un nom, le marmouset.

La sonnette a gagné, pour une raison de bon voisinage : elle ne réveille pas toute la rue. Beaucoup de heurtoirs sont pourtant restés sur leurs portes, décoratifs et muets.

Eugène Atget, lui, a compris que les peintres, les architectes et les artisans avaient besoin de documentation. Sa série « Art dans le Vieux Paris » rassemble des portes, des escaliers et des heurtoirs, pris de face et systématiquement, de 1898 à 1927. La Bibliothèque nationale, la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et le musée Carnavalet comptent parmi ses clients réguliers, et c’est pourquoi ses tirages sont aujourd’hui dans les collections publiques.

Ce qu’Atget a photographié

  • Au 18 avenue Montaigne, vers 1901, un heurtoir rocaille où une figure féminine se tient au-dessus d’un mascaron barbu : c’est l’image de cet article.
  • À l’hôtel des Monnaies, quai de Conti, en 1900, et à l’hôtel de Chiverny, 11 rue Saint-Florentin, en 1912, deux têtes de lion.
  • À l’hôtel de Matignon, 57 rue de Varenne, en octobre 1900, quand il abritait l’ambassade d’Autriche, et à l’hôtel de Narbonne, 45 rue de Varenne, la même année.
  • À l’hôtel d’Ecquevilly, dit du Grand Veneur, dans le 3e arrondissement, en avril 1901, un heurtoir à tête de chien, tout à fait dans le ton de la maison.
  • Sur la porte de l’église de la Madeleine, en septembre 1906, et au palais de l’Institut, en 1905.

Où les chercher aujourd’hui

Les photographes d’aujourd’hui en ont recensé beaucoup d’autres, place des Vosges, sur l’île Saint-Louis, au Palais de Justice, à l’hôtel de Sully ou rue du Cherche-Midi. Le carnet en signale trois portes à voir de près : le 23 place des Vosges, sous les arcades, le 151 rue de Grenelle, où Jules Lavirotte a fait d’une poignée une salamandre, et le 11 rue Chernoviz, à Passy. Les tirages d’Atget, eux, sont conservés pour une large part au musée Carnavalet, qui en compte environ neuf mille.

Le saviez-vous ?

Atget tirait lui-même ses épreuves dans son appartement du 17 bis rue Campagne-Première, où il s’installe en 1899, et les rangeait dans des albums qu’il allait montrer à ses clients. Un système de numérotation lui permettait de remplacer chaque cliché vendu par un nouveau tirage. Ce vendeur de documents est mort dans la misère en 1927 ; Man Ray, Braque, Derain ou Utrillo avaient pourtant commencé à lui acheter des images, et ses heurtoirs forment aujourd’hui l’un des plus beaux inventaires de la ferronnerie parisienne.

Qu’est-ce qu’un heurtoir ?

Un heurtoir, ou marteau de porte, est un accessoire fixé sur la face extérieure d’une porte d’entrée. Sa partie articulée frappe la porte ou une plaque pour signaler la présence d’un visiteur.

Où voir de beaux heurtoirs à Paris ?

Dans le Marais, place des Vosges, sur l’île Saint-Louis et dans le faubourg Saint-Germain, rue de l’Université ou rue du Cherche-Midi, sur les portes cochères des anciens hôtels particuliers.

Qui a photographié les heurtoirs de Paris ?

Eugène Atget, entre 1898 et 1927, dans sa série Art dans le Vieux Paris. Ses tirages sont conservés notamment au musée Carnavalet et à la Bibliothèque nationale de France.

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